Une grande tour blanche glisse vers le centre de la scène, où un vieux téléviseur et un fauteuil calciné font office de mobilier. En haut, une femme derrière une vitre. Plus bas, un scientifique derrière un rideau diaphane qui peut devenir opaque en un instant. Au centre, un homme fasciné par le feu sur le point de s'embraser de l'intérieur.
Le tout livré dans une langue poétique et abrasive, signée Christian Lapointe, qui s'est affinée avec les diverses étapes de création. Trois monologues qui s'entrecroisent, se répondent, se combinent et se consument.
Encadré par les arches de la chapelle des Pénitents blancs, le plateau de C.H.S. prend des allures d'incantation crématoire, pour le plus grand plaisir de son créateur.
«Jouer dans un lieu sacré, ça donne un certain relief à la parole. Le texte fait plusieurs fois mention de la religion et il y a un rapport très clair au cérémonial dans la forme», souligne Christian Lapointe, après une deuxième représentation en quelques heures. C'est qu'il joue en plus!
Le spectacle minutieusement orchestré s'est transplanté sans heurts de l'autre côté de l'Atlantique : «Il a fallu trimer pour faire le passage du 110 au 220 volts... Mais à part une télé qui a explosé, ça s'est bien passé», raconte Lapointe. Les projections de photos, la vidéo, les effets de lumière très précis et l'effet final à la Houdini sont aussi réglés qu'au bercail.
Bon accueil des Français
Les critiques sont excellentes, et le public s'est montré réceptif... «Les Français comprennent un peu plus l'humour grinçant qu'il y a là-dedans... Je pensais quand même qu'ils étaient un peu plus sensibles à une littérature plus dense», expose Lapointe, toujours un peu déçu de constater que la complexité des oeuvres qui l'attirent décourage une partie du public, même au plus grand festival de théâtre au monde.
Son baptême au Festival d'Avignon a eu lieu en 2006, pour la mise en espace dudit C.H.S. Trois ans plus tard, la pièce a atteint une maturité flamboyante. Une énergie qui séduit déjà les producteurs européens : « J'ai eu quelques pointes d'intérêt d'ailleurs... Il y a une version anglaise qui existe du texte, alors on pourrait le faire en anglais...», nous dit Lapointe.
Approché par Wajdi Mouawad il y a près d'un an, il a rencontré les directeurs du Festival à plusieurs reprises. «Il y avait chez moi une façon d'aborder la narration qui était par la sensation, plus que par le récit. Je pense que c'est ça qui les intéressait», avance-t-il.
Cet automne, l'artiste renouera avec les écrits de Yeats, pour un spectacle ambitieux qui sera présenté à Québec, à Montréal et à Ottawa... À lire dans quelques jours dans Le Soleil.










