Il y aura: l'émotion mise à nu

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C'est un long chemin émotif, tracé par le... (Le Soleil, Erick Labbé)

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C'est un long chemin émotif, tracé par le jeune metteur en scène Jean-Philippe Joubert (à gauche), qui fait se promener le comédien de 80 ans sur une scène habillée de dunes de sable, traînant derrière lui une lourde caisse de bois.

Le Soleil, Erick Labbé

Isabelle Houde
Le Soleil

(Québec) Roland Lepage a parcouru beaucoup de chemin. Dans sa longue carrière, cela va de soi, mais il en parcourt aussi beaucoup tous les soirs, dans la pièce Il y aura, présentée au Théâtre Périscope.

C'est un long chemin émotif, tracé par le jeune metteur en scène Jean-Philippe Joubert, qui fait se promener le comédien de 80 ans sur une scène habillée de dunes de sable, traînant derrière lui une lourde caisse de bois. Dans cette caisse, il y a une robe, celle de la femme qu'il a aimée et qu'on comprend être morte. Sous les yeux de Lepage, elle revit. Il la fait danser. Il la porte. Il tente de l'amener à un endroit où elle pourra se reposer, où il y aura...

Il s'agit de la première prestation en solo de Roland Lepage, qu'on connaît notamment pour son personnage de Monsieur Bedondaine dans La ribouldingue. Force est d'admettre qu'il porte très bien le poids de la pièce sur ses épaules.

Il habite la scène en entier avec une vigueur surprenante et pourtant tout en sensibilité, en fragilité. D'abord porté par l'espoir de trouver la terre promise, l'homme se laisse gagner par le désespoir, la frustration. Métaphoriquement et littéralement, il se met à nu devant le fantôme qu'il traîne, poussé à bout. Un moment d'intensité et surtout d'audace pour le comédien. On saisit tout de suite pourquoi il a été récompensé du prix Denise-Pelletier en 2009.

Allégorie

La pièce qu'offre Jean-Philippe Joubert est plus une méditation qu'un récit. D'abord par ses textes, qui tiennent plus du poème et de l'incantation et qui sont d'une beauté à la fois simple et touchante.

On sent aussi toute la nature derrière l'inspiration du metteur en scène. L'espace scénique est en tout temps enrobé de projections de nuages, de levers de soleil, de feuilles d'arbres. La mer danse également sur le sol, créant à certains moments comme une île déserte sur laquelle le comédien se réfugie. Le décor au départ bien simple change au rythme des émotions du personnage.

Des moments forts sont aussi créés par les intermèdes musicaux remplis des notes de Bach, pendant lesquels Roland Lepage abandonne les mots pour laisser place aux gestes, très près de la danse à certains moments.

Au final, il reste l'impression d'avoir assisté à un rituel de passage, d'avoir vécu avec un homme qui doit apprendre à laisser aller, à faire son deuil. Il y aura est une pièce à regarder et à écouter avec le coeur.

La pièce, produite par Nuages en pantalon - compagnie de création, est présentée en ouverture de la saison d'hiver du Théâtre Périscope, jusqu'au 30 janvier.

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