Créée en 2004 à Vancouver, Rage a connu beaucoup de succès et valu à son auteure, Michele Riml, le Prix Sydney Risk décerné pour un texte de création exceptionnel. Malgré cela, les diffuseurs sont souvent réfractaires à accueillir la pièce dans leurs murs. Parler des armes à l'école réveille des souvenirs douloureux et pas très lointains.
«C'est plus facile de dire qu'on adopte une politique de tolérance zéro que de réfléchir au propos de la pièce qui dit que c'est un diachylon, c'est de la connerie. La violence émergera ailleurs. La tolérance zéro, c'est comme mettre une fille enceinte en dehors de l'école. C'est une politique qui rassure, mais qui n'enraie pas la violence. Les jeunes violents ont besoin d'une thérapie», croit le metteur en scène Joël Beddows, du Théâtre la Catapulte.
Quand le texte de Rage lui est tombé sous les yeux, M. Beddows était en vacances; moment où il prend normalement congé du théâtre. Mais il n'a pu s'empêcher de lire, sans s'arrêter. La lecture l'a conduit à une nuit blanche.
«J'étais troublé par la force, par l'urgence du propos», se souvient-il.
Questions et idéalisme
La pièce met en scène deux personnages : Raymond, un jeune qui est menacé d'expulsion à cause d'un exposé controversé sur Hitler, et Laura, une travailleuse sociale pacifiste et idéaliste. Raymond pose des questions sur la rhétorique utilisée par Hitler, mais la question n'est pas permise, on l'accuse d'antisémitisme. Il défend ses actes et défie l'idéalisme de Laura. Mais quand il sort une arme, commence un débat sur la paix et la guerre, le bien et le mal.
«Laura croit que tout peut se régler par l'échange de la parole. Raymond dit que, sur le plan pratique, ce n'est pas vrai. Vous mettez 800 ados ensemble, la violence émerge d'elle-même.»
La pièce soulève des questions troublantes sur le système d'éducation, qui, selon Joël Beddows, maintient les jeunes dans une «ignorance utile» en privilégiant le par coeur plutôt que la réflexion.
«Raymond se révolte contre un système qui l'abrutit», note-t-il.
Les questions soulevées par Rage ont amené le metteur en scène à étudier l'architecture des écoles modernes, semblables à des bunkers ou des prisons, éclairées par des néons, qui créent l'inconfort au lieu de stimuler la pensée. Les décors ont été conçus dans cet esprit, pour recréer l'enfermement.
«C'est une pièce très philosophique, parfaite pour les adolescents. Toutes les questions qu'ils se posent tout bas sur le système d'éducation, l'existence de Dieu, sur le bien et le mal, les relations avec les adultes, elles sont posées tout haut par la pièce. Et toutes les questions sont abordées de plusieurs angles», ajoute le metteur en scène.
Pour éviter à sa clientèle la cohue du défilé du Carnaval, Les Gros Becs ont devancé au vendredi 12 février la représentation prévue le lendemain.
Vous voulez y aller?
QUOI : Rage (14 ans et plus)
QUAND : 12 février à 19h
OÙ : Théâtre Les Gros Becs
BILLETS : 15 $ enfant, 18 $ adulte
TÉL. : 418 522-7880











