Octobre 70: chargée à la dynamite

Les kidnappeurs et leur otage évoluent sur un... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Les kidnappeurs et leur otage évoluent sur un plateau constitué de l'intérieur de la maison décloisonnée, ce qui permet de les suivre simultanément tout au long de l'action.

Le Soleil, Yan Doublet

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Octobre 70, présentée depuis le début de la semaine, est 1 heure 20 de théâtre chargée à la dynamite. En évoquant les huit jours de l'enlèvement du ministre Pierre Laporte par les membres du Front de libération du Québec (FLQ), Martin Genest et ses acteurs livrent une oeuvre coup de poing qui laisse le spectateur sonné.

Il était périlleux pour le metteur en scène d'adapter le récit du felquiste Francis Simard sur les funestes événements qui ont profondément marqué l'imaginaire collectif de la nation et polarisé le débat sur l'indépendance du Québec. Il évite d'ailleurs de tomber dans le piège en se concentrant plutôt sur le drame humain qui s'est soldé par mort d'homme.D'entrée de jeu, le spectateur est plongé au coeur des débats des quatre membres de la cellule Chénier et des mots chargés de sens : «Si on décide de se battre, on va jusqu'au bout.» Une fois Pierre Laporte enlevé et planqué dans la maison de la rue Armstrong, à Longueuil, ils ne peuvent plus reculer.

La direction artistique de Jean Hazel contribue grandement à la force de la pièce. Les kidnappeurs et leur otage évoluent sur un plateau constitué de l'intérieur de la maison décloisonnée, ce qui permet de les suivre simultanément tout au long de l'action. Tout autour, les spectateurs sont juchés dans une impressionnante structure de gradins qui donne l'impression que les personnages sont en cage.

Pour rendre l'expérience encore plus intense, le metteur en scène Martin Genest a pris le parti de l'hyperréalisme : les acteurs mangent réellement du spag et du poulet. De simples projections vidéo de dates au plancher et les extraits radio d'époque permettent de marquer le passage des jours. Plus ceux-ci avancent, plus la tension est à couper au couteau. Les performances survoltées, et extrêmement crédibles, d'Éric Leblanc (Jacques Rose) et de Renaud Paradis (Francis Simard) permettent de comprendre les montagnes russes d'émotions des jeunes idéalistes, qui passent du fol espoir au désespoir et vice-versa.

«À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire», dit-on. C'est donc qu'à l'inverse, les artisans d'Octobre 70 ont su relever avec brio un défi théâtral périlleux, sans tomber dans le révisionnisme. Son plus grand mérite est de nous interpeller directement sur nos valeurs.

Car Martin Genest a eu l'intelligence de ne pas porter de jugement sur les faits et de laisser le spectateur se débrouiller avec sa conscience. Ce qui explique que ce dernier puisse ressentir un puissant malaise à la fin, alors que la pièce se conclut sur l'assassinat de Pierre Laporte, même si sa mort est suggérée plutôt que montrée.

Il laisse au spectateur le soin de constater à quel point les felquistes sont prisonniers de leur rhétorique terroriste, du contexte sociopolitique de l'époque et de leur aliénation; que la seule façon d'acquérir leur indépendance, et celle du Québec, les condamne à se rendre jusqu'au bout pour défendre leurs convictions.

Ce qui explique qu'à leur procès, les quatre hommes aient répondu à la question «Coupables ou non coupables?» : «responsables»!

Octobre 70 est à l'affiche de la Caserne Dalhousie jusqu'au 20 mars.

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