À la défense des moustiques albinos: le cirque absurde de la vie

Philippe Soldevila a privilégié un espace de jeu... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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Philippe Soldevila a privilégié un espace de jeu très restreint, où les accessoires, parfois un seul, suffisent à recréer le contexte où se déroule l'action.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Après avoir vu À la défense des moustiques albinos, qui débutait mardi au théâtre Périscope, on comprend aisément que Philippe Soldevila ait eu le coup de foudre pour le texte de Mercè Sarrias. Sous son humour décapant qui fait lever le vernis des conventions, l'auteure catalane révèle des personnages plus vrais que nature en butte à l'absurdité du cirque de la vie, personnages rendus avec brio par une solide distribution.

La comédie de Mercè Sarrias doit beaucoup à son personnage de Marta (solide Éva Daigle), une femme perpétuellement au bord de la crise de nerfs. La biologiste séparée et mère d'une ado révoltée (pétillante Elsa Dallaire) semble tout droit sortie d'un film de Pedro Almodóvar.

Elle entretient une relation masochiste avec son ex-mari (Serge Bonin, très bon) à qui elle n'a pas pardonné l'aventure qui a mené à leur rupture; son travail de cadre la rend dingue et son orgueil la pousse à contester une interdiction de stationner qui n'est pas au bon endroit!

Malaise existentiel

La douce folie de cet univers, si loin mais si proche de nous, déclenche une hilarité libératrice. Même si, parfois, le spectateur rit jaune. Car l'auteure démontre finement le malaise existentiel de Marta, qui pédale comme une folle vers une destination qui lui est inconnue, tout en traitant en filigrane d'urbanisme et d'environnement.

La volonté de Philippe Soldevila de souligner au crayon gras à quel point nos vies ressemblent parfois à un cirque apparaît superflue. Les intermèdes, très felliniens dans la facture, se révèlent incongrus par rapport au reste. D'autant que sa mise en scène est parsemée de traits d'intelligence et se distingue par sa direction de comédiens.

Une idée brillante? Intégrer sur scène Pascal Robitaille, qui signe une trame sonore pleine de groove, et lui faire jouer un rôle de maître de piste qui dirige les vies de personnages. Il leur tend aussi le micro au besoin, pour que ceux-ci livrent des monologues révélateurs de leurs motifs intimes.

Philippe Soldevila a également réussi à imprimer un rythme soutenu à la pièce, dont les scènes se succèdent parfois à une vitesse folle. Pour y arriver, il a privilégié un espace de jeu très restreint, où les accessoires, parfois un seul, suffisent à recréer le contexte où se déroule l'action. Les comédiens doivent aussi se changer sur scène. Cette énergie fait filer le temps à la vitesse de l'éclair, ce qui est bien dommage tellement on s'attache aux personnages.

À la défense... a beau être une pièce catalane, il est évident qu'elle nous interpelle autant qu'un texte de Michel Tremblay ou de Michel Marc Bouchard. Les liens sont nombreux. Au lieu de nous laisser emporter par le tourbillon de la vie, nous devons réfléchir au pays que nous voulons et à notre mode de vie, dit en substance Marta à la fin. Il y a là matière à réflexion!

À la défense des moustiques albinos est à l'affiche du théâtre Périscope jusqu'au 3 avril.

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