L'école des femmes: l'amour, tout voile dehors

Jean-Philippe Joubert a eu l'audacieuse idée de transposer... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Jean-Philippe Joubert a eu l'audacieuse idée de transposer en pays musulman l'action de L'école des femmes, de Molière.

Le Soleil, Yan Doublet

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Jean-Philippe Joubert a eu un éclair de génie pour son adaptation de L'école des femmes, de Molière, qui vient de débuter à la Bordée : transposer l'action en pays musulman. Cette brillante et audacieuse idée donne un vernis de modernisme et d'actualité au propos, sans que la comédie en souffre.

On dit que l'intérêt de L'école des femmes réside dans sa réalité. Parce que Molière avait délibérément choisi d'ancrer la comédie dans le réel de son époque, soit une histoire de jalousie d'un homme âgé, Arnolphe, qui désire épouser une jeune femme, Agnès, qu'il a délibérément tenue à l'écart de la société pour ne pas la corrompre. Le metteur en scène Joubert fait exactement comme Molière en tendant le prisme d'un certain islamisme.

L'idée n'aurait été qu'anecdotique s'il n'avait poussé le concept jusqu'au bout : décor avec minaret; musique arabe; vêtement à l'avenant; appel à la prière... et femme voilée à la clé! Le discours rétrograde de domination de la femme par l'homme, et de la supériorité intellectuelle et morale de ce dernier, (re)prend des accents de vérité qui redonne au discours d'époque une nouvelle pertinence.

Le contraste entre ce propos et les situations désopilantes rend les scènes encore plus drôles. On est chez Molière, ne l'oublions pas : les quiproquos et les retournements de situation sont de mise. De même que le burlesque, qui s'incarne dans le couple de domestiques qui doit veiller sur Agnès (Laurie-Ève Gagnon, émouvante dans l'innocence).

Mais l'amour est plus fort que tout, plus fort même que la fourberie. Paradoxe s'il en est, Agnès est à ce point ingénue qu'elle est incapable de mentir et encore moins de mal agir à propos de l'émoi qu'Horace (Olivier Normand) provoque chez elle. Au grand dam d'Arnolphe (Jacques Leblanc), qui tente par tous les moyens d'empêcher le destin de s'accomplir. Sans succès, on s'en doute.

Solide distribution

L'école des femmes ne pourrait procurer un tel plaisir sans une solide distribution. La maîtrise du texte en alexandrins par les acteurs était franchement surprenante aussi tôt dans les représentations. Les vers coulaient de source.

Évidemment, Jacques Leblanc, en habitué de Molière, y est à son aise comme un poisson dans l'eau. Lui qui aime en faire beaucoup tient un rôle qui lui permet de donner sa pleine mesure. Il est truculent, tout en laissant paraître le trouble amoureux d'Arnolphe envers Agnès.

Car les personnages sont plus complexes qu'ils n'y laissent paraître de prime abord. Ils ont un relief qui fait écho à celui de nos vies. Ce qui prouve la pertinence de ce Molière, rarement joué à la scène.

L'école des femmes est à l'affiche du Théâtre de la Bordée, jusqu'au 1er mai.

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