«Ce sont les éléments qu'il y avait dans Limbes, mais ramassés ensemble. Plutôt que de travailler en couches [Limbes contenait trois esthétiques et trois textes de Yeats], j'ai tout réuni», explique l'auteur, producteur, concepteur, metteur en scène et acteur de Trans(e). Il a cherché à fondre les esthétiques qu'il maîtrise - du style léché de Anky ou La fuite, au plus trash et performatif de Vu d'ici - dans un spectacle intense où la figure du transgenre sert de métaphore centrale.
«Un transgenre, pour moi le symbole de l'humanité, est dans un dépotoir et s'arrache les morceaux du corps les uns après les autres pour essayer de se mettre au monde», résume-t-il. Sur scène, à ses côtés, Maryse Lapierre jouera le pendant féminin de ce monologue à deux voix. «L'amorce du spectacle est conviviale, ludique, mais plus on avance et plus le rapport à la parole se densifie. On entre dans une zone minée.» À ces variations de tons, il a ajouté des stimuli sensoriels pour garder son public alerte : «À chaque 10 minutes, les gens sont éprouvés, dans leur corps, et remettent tout en question. Il n'y a rien qui m'ennuie plus que d'aller au théâtre et de savoir déjà comment tout va se dérouler», expose-t-il. Des effets visuels et sonores «parsimonieux» (nudité, stroboscope, décibels, etc.), qu'il utilise «comme ponctuation». Il est à noter, toutefois, que les personnes cardiaques ne peuvent assister au spectacle...
Débat critique
Dans la langue poétique et abrasive qu'on lui connaît, Christian Lapointe cherche une fois de plus à dénoncer la banalisation de l'horreur au quotidien, l'abrutissement des masses et, surtout, «la binarité accablante de notre monde, où, pourtant, tout n'est pas noir ou blanc, masculin ou féminin». «Si les gens trouvent que la vie est belle et que tout va bien, c'est sûr qu'ils sont mieux d'organiser un souper entre amis que de venir nous voir», lance-t-il, en riant. Vous êtes prévenus...
Trans(e), qui était présenté du 6 au 10 avril au Théâtre d'Aujour-d'hui, a suscité un certain débat critique entre les journalistes montréalais (un fait plutôt rare...). «Pour moi, c'est sain en art que le public soit divisé. Il y a des gens qui sortent de la pièce fâchés, d'autres qui m'envoient des e-mails d'amour», répond le créateur de Québec. «C'est difficile, au Québec, d'être libre. Ici, je suis radical. En Autriche, je serais un enfant d'école.»
Vous voulez y aller?
QUOI : Trans(e)
QUAND : 20 avril au 1er mai
OÙ : Premier Acte (870 Salaberry)
BILLETS : 17 $ à 22 $
TÉL. : 418 694-9656










