L'éclairage nouveau que Lepage souhaitait jeter sur la dernière pièce de Shakespeare, écrite à l'époque de la fondation de Québec, était pourtant prometteur. Placer en Amérique, chez les Hurons, l'île où le magicien Prospero, en exil, prépare sa vengeance fait résonner autrement les répliques sur la langue, les croyances, la terre et l'asservissement des autochtones. Mais ces liens ne suffisent pas à maintenir notre attention, dérangée par plusieurs irritants.
À commencer par le jeu d'acteur, très inégal, jusqu'à en devenir parfois pénible. Quelle idée d'avoir confié à Francis Roberge, un bûcheron acrobate, le rôle du prince Ferdinand? Le costaud a peut-être le physique de l'emploi, mais ne sait assurément pas jouer. Lepage en a fait un bellâtre gauche et monocorde qui fait virevolter une hache torse nu, sous le seul prétexte que dans une scène, il doit couper du bois pour Prospero.
Le jeu de Steeve Gros-Louis, qui incarne le roi de Naples (et dirige la troupe de danse huronne-wendat Sandokwa impliquée dans le spectacle), ne vaut guère mieux, et nous fait presque oublier que la plupart des acteurs s'en tirent plus qu'honorablement. Frédérick Bouffard est parfaitement à l'aise en Antonio vil et sans remords. Chantal Dupuis (Miranda), Marco Poulin (Caliban) et Jean Guy (en Prospero touchant, bien que parfois pétri d'hésitations) jouent juste, mais l'émotion et les passions que devrait déchaîner l'intrigue peinent à nous atteindre.
Quant au duo de bouffons ivrognes formé de Nicolas Létourneau et de l'acrobate Jean-François Faber, il nous arrache quelques sourires en singeant les nobles et en enchaînant les pirouettes. Les gars ont vraiment du génie pour la comédie. Mais pour la totale pipi-pet-vomi, on repassera.
L'écrin de cette Tempête intime à l'amérindienne est pourtant joli. Des projections de vagues, d'herbe et de roches texturent la surface de la scène. Il y a eu visiblement un problème avec le déploiement du bateau, dont un des mâts s'est détaché (et pour les sirènes de police et les pétards qui ont ponctué la représentation, Ex Machina n'y peut rien...), mais en général, côté technique, tout roule.
Des acrobates et la chanteuse Kathia Rock, qui interprète Ariel, l'esprit de l'air, valsent comme par magie et sans anicroches au-dessus du sol, la forêt à l'arrière-scène s'illumine de mille couleurs, les danseurs et les chanteurs amérindiens sont bien utilisés, la scène s'enflamme... Toutefois, tous ces tours ne font pas oublier les longueurs creuses et la dérision mal placée, mais ont au moins une aura merveilleuse bienvenue.
La tempête est présentée jusqu'au 30 juillet. Info : 418 643-8131























