La nature a horreur du vide. Prenez l'exemple de l'avenue Cartier voilà deux semaines. La Ville bloque la rue et, hop! comme par magie, des milliers de personnes se pointent pour aller faire quelques emplettes. Est-ce la vente-débarras organisée chaque année qui a attiré tout ce monde ou le fait qu'on venait de fermer la chaussée aux voitures?
En France, la question ne se pose même plus. Grandes, moyennes et petites villes «piétonisent» les rues commerciales de leur centre-ville pour les protéger contre le pouvoir d'attraction des centres commerciaux en périphérie. Et chaque fois,
le résultat est le même : l'achalandage augmente, les commerces font des affaires d'or.
C'est Rouen qui a lancé le bal en 1972. Près de 40 ans après son projet pilote, la ville de 530 000 habitants a «piétonisé» en janvier dernier son septième quartier où l'accès aux voitures est réservé aux résidants par des bornes
escamotables.
La piétonisation ne se limite pas à l'Europe. New York vient d'interdire la circulation sur Times Square pour décongestionner le secteur reconnu pour son concert de klaxons. À peine Broadway fermée voilà deux semaines, une marée humaine s'est déversée sur la célèbre artère.
Embûches
Même si les villes en France «piétonisent» depuis près de 40 ans, les petits commerçants continuent néanmoins à s'opposer chaque fois qu'on propose de fermer leur rue à la circulation. Les commerçants ont peur de voir les travaux et la perte de cases de stationnement nuire à leurs affaires, résume Alain Metton, professeur de l'Université Paris XII?Val-de-Marne, qui étudie le phénomène.
Des craintes légitimes pour lesquelles les villes doivent s'assurer de réduire au minimum la durée des chantiers et prévoir suffisamment d'espace pour garer les voitures non loin des artères commerciales.
Reste que les résultats sont probants, souligne une vaste étude menée en 2006 auprès d'élus et de commerçants dans 25 villes françaises. «Les élus y voient un des rares moyens efficaces pour résoudre l'engorgement chronique du centre-ville [...]. Les commerçants, qui étaient les principaux opposants à la piétonisation, en reconnaissent aujourd'hui les avantages», note les auteurs du rapport dont les conclusions ont été endossées par le ministère de l'Économie de la France.
Les rues piétonnes attirent surtout deux clientèles : les jeunes et les jeunes retraités. Les familles et les personnes «du quatrième âge» les désertent toutefois, les stationnements des centres commerciaux convenant mieux à leur mode de vie, souligne Alain Metton. Mais comme ces deux clientèles fréquentent déjà très peu les rues commerciales des centres-villes, la piétonisation vaut le jeu.
La mesure est tellement populaire en France que même une branche du MEDEF - l'équivalent français du Conseil du patronat - fait la promotion de la piétonisation des rues auprès des villes... et des commerçants. L'Union du commerce de centre-ville prévient toutefois que pour assurer le succès d'une telle initiative, mieux vaut la jumeler avec l'ajout d'une ligne de tramway... Mais bon, ça, c'est un autre débat.












