«Ils se sont déchaînés», a déclaré Mme Haentjens au Soleil, en ajoutant que les communications avec le bureau de Jean Charest et de Christine St-Pierre avaient été très correctes jusque-là .
Interrogée sur le sens que les organisateurs voulaient donner à la fête à l'origine, Mme Haentjens a raconté que c'est un ami personnel, Pierre Laval Pineault, qui a lancé l'idée. Enthousiaste, le vice-président du Conseil de la souveraineté, Pierre Beaumier, de Québec, a communiqué avec Sébastien Ricard de Loco Locass, dans l'espoir d'obtenir une participation des artistes à l'événement. Le Conseil de la souveraineté a offert sa collaboration.
«Ce qui était tout à fait clair, a-t-elle ajouté, c'est qu'il fallait que ce soit un événement de paroles, et que ce soit austère. Ce qu'on voulait, c'est que la société au complet soit représentée. Ce qui était tout aussi clair pour moi, c'était qu'on ne relève de personne et que l'on conserve toute notre marge de manoeuvre.»
Informé en juillet et sollicité formellement le 19 août, le maire Régis Labeaume était également sous l'impression qu'il s'agissait d'un événement «pluriel», a fait savoir son bureau. L'arrivée en masse des politiciens péquistes et bloquistes dans le décor, le boycottage des libéraux, ainsi que la présence du militant Patrick Bourgeois l'ont incité à s'abstenir. C'est là , estime Mme Haentjens, que la radio-poubelle a joué un rôle et affolé démesurément M. Labeaume.
Comment l'événement est-il devenu une affaire péquiste, bloquiste ou souverainiste dans l'opinion publique? C'est une autre histoire. Mme Haentjens a raconté qu'il leur fallait trouver du financement et que c'est dans cet esprit que Sébastien Ricard a communiqué avec Louise Beaudoin.
Selon un participant au Moulin à paroles, qui a demandé à conserver l'anonymat, la demande d'aide financière au PQ a eu pour effet d'ouvrir la porte à un plus grand nombre de députés péquistes et bloquistes qu'on ne le souhaitait au départ, ce qui a eu pour effet de politiser un événement déjà trop coloré souverainiste. Interrogée par Le Soleil, Louise Beaudoin a déclaré que «les organisateurs n'ont jamais voulu que ça devienne un événement à caractère partisan. On m'avait prévenue dès le départ que des gens d'autres formations seraient invités».
Évincer Bourgeois?
Mais selon une autre source, on a perdu le contrôle sur l'organisation lorsque les politiciens sont entrés en scène. On raconte même que les bloquistes et les péquistes sont allés jusqu'à faire des pressions énormes la semaine dernière pour évincer Patrick Bourgeois de l'événement. Toujours est-il que les libéraux et les adéquistes bouderont le Moulin à paroles, qui prend l'allure d'un rassemblement souverainiste, ce qui n'était pas le but au départ. Ainsi, les députés devaient être là à titre de citoyens. Mais l'absence des libéraux et la surreprésentation des élus souverainistes ont donné un autre sens à la participation des élus.
Une consolation demeure : la controverse qui a entouré le Moulin à paroles fait que les dons privés ont afflué au cours des derniers jours, ce qui fait dire à Mme Haentjens qu'il sera peut-être possible de faire une édition des textes lus samedi et dimanche. Plusieurs députés péquistes contribuent à raison de 300 $ au Moulin à paroles. Le Bloc québécois fournit de son côté un soutien technique.
Une centaine de textes seront lus dans trois séquences de huit heures qui se succéderont pendant 24 heures. Le manifeste du FLQ, dont la lecture alimente la controverse, sera donc récité trois fois. «On va lire trois fois tous les textes», a indiqué le député Pierre Curzi.
De son côté, la chef du PQ, Pauline Marois, a dit souhaiter que l'événement ne soit pas «entaché» par certains «dérapages».


















