Jour 17: Dépenser plus, manger moins

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Changer sa vie

Notre journaliste Marc Allard a relevé son défi de vivre 30 jours de simplicité volontaire. Lisez tous ses carnets et les nombreux commentaires des internautes. »

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) La question qu'on m'a posée le plus souvent depuis deux semaines n'a rien à voir avec la simplicité volontaire. Ou en tout cas, pas directement.

«Pis, Marc, as-tu maigri?»Je m'étais promis de ne pas répondre, mais comme tout le monde me le demande, je me suis pesé, aujourd'hui. Combien j'ai perdu? À peu près 10 lb.

Vous allez dire, c'est normal, il n'a mangé que du brocoli et du chou les deux premiers jours. Rien à voir. Croyez-moi, je me suis repris depuis.

Bien sûr, je ne vais plus au resto, je ne bouffe plus de cochonneries et je ne bois presque plus de bière. Mais ce qui fait la différence, je pense, c'est que je dépense plus pour ce que je mange. Oui, le bio coûte plus cher. Mais la vraie nourriture, comme les oeufs, le pain, les légumes, les fruits, la viande, coûte aussi plus cher que la pseudo bouffe constituée de 15 ingrédients qu'on ne connaît pas.

En fait, investir dans les aliments de qualité m'empêche d'aller au dépanneur acheter tous ces trucs gras, salés ou sucrés qui entretiennent ma paillasse et bousillent ma santé. Je vous suggère plutôt les crêpes maison au sirop d'érable. C'est bon, et ça remplit.

***

Mardi, je vous demandais si une famille peut manger bio et local, du moins autant que possible. Je vous laisse lire la réponse de Marie-Soleil.

«Bonjour,

«Je ne crois pas qu'il soit impossible pour une famille de manger bio et local. Pas plus difficile que pour une personne seule. Ma famille et moi n'en faisons pas un absolu, j'ai un pot de Nutella dans mon garde-manger, mais nous essayons de manger bio et local le plus possible. Au fond, si on compare à une personne seule, la seule différence est la quantité de nourriture à se procurer. Une fois le premier repérage fait, il devient facile de s'organiser. Notre panier de fruits et légumes est livré chaque semaine à notre porte (il faut parfois sacrifier le local pour les fruits, surtout en hiver), nous avons trouvé un boucher dans la région qui vend des produits bios et locaux et une boulangerie qui fait la même chose (en plus, la boulangerie est doublée d'une miniépicerie qui vend plein de produits du coin, et souvent bio!). Comme les fruits et légumes sont livrés, et la viande achetée en plus grande quantité (moins dispendieuse ainsi) et congelée, nous gagnons même du temps! Ne reste que les «standards» à acheter régulièrement (lait, pain, etc.).

«Je crois que le problème principal des gens (je sais que je généralise ici, mais je crois que c'est quand même assez général comme phénomène) c'est l'absence de savoir-faire et la paresse. Pour plusieurs, c'est beaucoup moins forçant de "zapper" un plat préparé congelé au micro-ondes ou de le passer au four en "zappant" devant la télé que de prendre le temps de se faire un repas "from scratch". Pourtant, il est possible de préparer un repas en 30 minutes ou moins à partir d'ingrédients non préparés. Et c'est ici que réside l'autre problème : les gens ne savent pas comment faire. Ils ne savent plus comment cuisiner. Et ils ont peur d'essayer. Je trouve ça dommage.

«Ma grand-mère ne sait pas cuisiner. Ma mère non plus. Ni mon père. J'ai appris «sur le tas». J'ai rarement, même à mes premiers essais, cuisiné quelque chose d'indigeste. Il s'agit de ne pas avoir peur. Il s'agit aussi de se demander ce qui est important : donner à son corps un mauvais carburant qui finira par le tuer (on n'a qu'à penser à nos problèmes d'obésité, de diabète, de maladies cardiaques, etc.) ou un carburant sain? Manger des produits qui ne goûtent rien et qu'on a aucun plaisir à préparer ("zapper" une boîte de carton ne m'apparaît pas comme étant un acte très jouissif) ou manger des repas savoureux et prendre plaisir à les préparer? Etc.

«J'aime aussi l'exemple que je donne à mes enfants, j'aime surtout ce que je leur apprends. Choisir nos aliments comme nous le faisons me permet de leur montrer ce que c'est qu'être "responsable" et "respectueux" : de l'environnement, du producteur, de l'aliment lui-même. Et cuisiner nous permet de passer du temps ensemble. C'est peut-être "gnangnan", mais c'est ça.

«J'ai 30 ans, j'habite en banlieue de Montréal, j'ai une carrière (avec tout ce que ça implique de flexibilité et de temps...ou plutôt de manque de temps), mon conjoint a lui aussi une carrière exigeante, nous ne sommes pas riches. J'ai deux enfants : un de trois ans et une de six mois. Elle mange de la purée bio et locale. Le plus vieux aime les champignons, le brocoli, le pamplemousse et la tomate sous sa forme naturelle "non-ketchupée". Sommes-nous exceptionnels parce que nous arrivons à manger bio et local plus souvent qu'autrement et que nous préparons nos repas et nous tenons loin du rayon des produits préparés et congelés? Je ne pense pas. Nous posons seulement les gestes nécessaires pour vivre en accord avec nos valeurs et nos principes. Encore "gnangnan"...

«Il reste que, comme le dit si bien Julia Child : "Tout en modération, même la modération". Moi aussi j'aime les chips!

«Bonne journée!»

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