Je vous épargne la dissertation sur l'urgence écologique, Al Gore est meilleur que moi, avec ses mégas Powerpoint. Par contre, j'y repensais aujourd'hui, c'est vrai qu'en bouffant bio et local, j'ai un peu l'impression de retourner à l'époque de mes grands-parents.
Maintenant que je vérifie la distance qui me sépare de tout ce que je mange (merci, Google Maps), je me rends compte à quel point mon ex-menu quotidien dépendait du commerce international. Je pense entre autres à l'énorme quantité d'olives que j'engloutissais chaque semaine. Aux dernières nouvelles, elles ne poussent pas ici.
J'aurais également pu nommer les bananes, les oranges, les clémentines, d'autres agrumes et une liste d'aliments qui ne poussent plus au Québec l'hiver, comme les fraises ou les tomates depuis peu. Sans oublier toute la bouffe transformée à l'imge des barres tendres ou des chips, dont les ingrédients sont si nombreux et dispersés géographiquement qu'il faudrait trois semaines de recherche pour les retracer.
Bien sûr, les olives me manquent, comme les clémentines, les avocats et, malgré tout, les chips. Mais en me concentrant sur ce qui est cultivé ici, j'ai redécouvert une foule de légumes, en particulier. Genre la betterave, la courge, le radis rose et, oui, le chou et le brocoli. En me passant de sucre, aussi, je me suis rappelé combien le sirop d'érable était délicieux, me disant qu'ils devaient nous envier, au sud, d'en avoir autant pour pas trop cher.
J'ai l'air d'un champion du protectionnisme, comme ça. Mais je vous assure que c'est à la fois agréable et édifiant de se débrouiller avec la nourriture de chez nous, comme dans le temps.
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Voici d'ailleurs un fascinant témoignage de Margot, 75 ans (merci, madame) :
«Bonjour,
«Cela m'intéresse beaucoup de suivre l'évolution de votre passage à la simplicité volontaire.
«Quand j'étais petite et, cela fait longtemps, on était «grano» sans le savoir, c'était cela tout simplement.
On mangeait local: on allait chercher une chaudière de lait chez le curé voisin, il avait une vache; on achetait les oeufs pondus par les poules de tante Rose; on mangeait les pommes de terre plantées par oncle Honoré; papa allait à la pêche dès que les glaces de la Bécancour partaient et on mangeait le poisson; M. Huard, le boucher, achetait des animaux qu'il tuait lui-même et vendait la viande en passant par les maisons avec une voiture à cheval. Le boulanger vendait le pain qu'il avait fait cuire mais, maman n'en achetait que très rarement, elle cuisait elle-même son pain, si bon à la sortie du four avec le beurre fabriqué chez M. Bergeron. La cave regorgeait des conserves dans des pots de verre, "steamés" dans le gros "bowler" de cuivre. La mise en conserve permettait de servir des légumes du jardin pendant l'hiver. Il y avait des tomates, des cornichons, du ketchup, du maïs, des betteraves, de la macédoine de légumes, des confitures de fraises des champs, de framboises, de bleuets, de canneberges sauvages cueillies dans la savane. À l'automne, on achetait par sac de 100 livres, le sucre, la farine, aussi 50 livres de beurre dans une caisse de bois ciré, une chaudière de miel , le "quart" de pommes, on faisait la jarre de lard salé quand le froid permettait de faire boucherie et de congeler le "maigreries". On mangeait des légumes frais en saison seulement. Quelques oranges, c'était un spécial de Noël. L'hiver, il n'y avait que le train pour assurer l'approvisionnement et transporter le courrier. L'hiver, on grattait la rue avec le "scrapper" et on passait aussi le rouleau tiré par les chevaux, c'était cela, le déneigement. Mon père remisait la batterie de sa Ford dans la cave.
«J'ai eu un manteau d'hiver avec un collet de castor piégé par mon père et tanné à Québec chez le fabricant qui achetait ses peaux de rat musqué.
«Cela prenait du fumier "pourri" pour engraisser le jardin, mais pour la couche chaude, c'était du fumier de cheval. Mon père enterrait toujours tous les déchets de table dans un coin du jardin, où il enterrait également les déchets de poisson; au printemps, il retournait le tas et étendait cela entre les rangs de pommes de terre et sur les buttes pour les concombres et les citrouilles. On ne connaissait rien des engrais chimiques.
«Quand on finissait l'école, on serrait soigneusement le crayon et les cahiers, ils étaient encore bons pour septembre suivant, de même que le sac fabriqué à la cordonnerie de M. Lehoux. Il n'y avait pas de liste de matériel scolaire pour la rentrée.
«À plus de 75 ans, j'ai encore un petit jardin de ville (à Montréal) avec trois pommiers columnaires, des framboisiers et des fraisiers, de la rhubarbe, quelques plants de tomates. Je composte mes déchets végétaux, mais j'hésite à débuter le vermicompostage qui me permettrait de recycler pendant toute l'année. Le biologique me fait un peu sourire avec les pluies acides qui nous tombent dessus et contaminent le sol. J'utilise seulement les jeunes feuilles de mes fines herbes quand je vois la saleté qui imprègne mon patio. Je suis toutefois convaincue qu'il faut cesser de contaminer notre planète, mais, comme bien des gens j'adore les petits gadgets et les nouveautés. C'est avec des jeunes comme vous qu'on retrouvera peut-être une simplicité plus éclairée. Comme pour les régimes pour maigrir, cette trentaine ne changera rien si elle ne devient une certaine conscience quotidienne. Ne lâchez pas!»
Margot
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