Depuis presque un mois, je n'ai pas eu vraiment le choix de la mettre en pratique. Oui, il y avait de la viande dans mes paniers bio, mais ce n'est pas tous les soirs, et encore moins pour dîner, qu'on a envie de se faire cuire un steak de bison.
Mis à part le déjeuner, j'ai toujours trouvé qu'un repas sans viande manquait de corps, de chunky, comme on dit en anglais. Je me souviens d'être allé dans un restaurant italien et d'avoir commandé des pâtes au pesto, ail et tomates séchées. Sur le menu, on avait le choix d'ajouter deux boulettes de veau et je m'étais promis de résister. Après trois bouchées, j'ai fait signe au serveur. Deux boulettes, s'il vous plaît.
Voyez le contraste : samedi, je travaillais et ce midi-là, au lieu de dévorer un Subway avec un chips et un thé glacé, je suis retourné chez moi. J'ai mangé une salade de germinations (alfalfa, trèfle, radis, pois vert, lentilles, fenugrec), quelques tranches de pain d'épeautre tartinées de végépâté et un verre de jus de pommes. J'ai même trouvé ça bon.
La bouffe végé, c'est une question d'habitude, je pense. Et, il faut bien se l'avouer, de santé. Une des études épidémiologiques les plus citées en la matière s'appelle The China Study. Pendant 20 ans, une équipe de chercheur menés par le professeur T. Colin Campbell, de l'Université Cornell, dans l'État de New York, a récolté des données sur l'alimentation et la santé de 6500 adultes chinois dans 2500 comtés en Chine et à Taiwan.
Dans le livre tiré de l'étude, Campbell résume ses résultats en deux phrases : «Les gens qui mangeaient le plus de nourriture provenant des animaux ont le plus de maladies chroniques... Les gens qui mangeaient le plus de nourriture provenant des plantes sont les plus en santé et tendent à éviter les maladies chroniques.»
Je ne suis pas encore prêt à abandonner la viande, même si ce serait aussi une bonne chose pour la couche d'ozone (les boeufs, en particulier, dégagent beaucoup de méthane en rotant). Mais pour renoncer aux boulettes sur le menu, je me fie à un calcul tout bête : plus je mange de viande, moins je mange de légumes. Ce qui a du bon sens quand je repense au resto italien : quand le serveur a débarrassé la table, il restait des pâtes et des légumes dans mon assiette. Les boulettes avaient disparu.
***
Je reçois parfois des perles de courriels. En voici un, de Maggie B., 60 ans :
«Bonjour Marc,
«Fascinant, votre parcours! Je viens de le lire en rafale à partir du Jour 4.
«Ma mère est décédée en janvier 2008, à l'âge de 88 ans. À l'été 2007, elle avait fait son "jardin" comme elle le faisait depuis l'âge de 17 ans. Puis ses conserves de tomates, son ketchup et ses fabuleux cornichons. En bien plus petite quantité qu'autrefois, bien sûr, mais qu'importe. Toute sa vie, dès que le soleil de mars commençait à faire fondre la neige, elle ne tenait plus en place. Pour elle, ne pas faire de jardin aurait été une hérésie. "J'aimerais mieux être morte", disait-elle.
«Nous sommes cinq enfants et dès le mois d'avril ou mai on commençait à manger de la salade (laitue) et des p'tits oignons (oignons verts). Pas besoin de se casser la tête pour le dessert : de la belle grosse rhubarbe (en mai) et des fraises de jardin (en juin) mangées crues ou en tartes, puis une combinaison des deux sous forme de pâtés. Il va sans dire qu'on faisait congeler ensuite tout ce qu'on pouvait.
«Puis à mesure que l'été avançait, c'était l'abondance. Des radis, des p'tites fèves (haricots jaunes), des carottes, des courgettes et des concombres apprêtés de toutes les manières. Puis arrivaient presque en même temps le régal des régals : les framboises du petit champ de framboisiers -- la chasse gardée de mon père jusqu'à sa mort à 87 ans en 2000 -- et les sublimes patates nouvelles.
«D'aussi loin que je me souvienne, il était absolument interdit de jeter les épluchures de fruits (sauf la banane) et de légumes, et les coquilles d'oeufs. On les mettait dans un grand seau qu'on allait vider chaque soir dans le carré à compost. Aboutissaient là aussi le gazon tondu, les feuilles mortes et même les feuilles de rhubarbe (réputées être toxiques). Mon père et ma mère pigeant la-dedans pour engraisser le jardin et trichaient un peu en ajoutant du fumier de mouton dans les fosses à tomates.
«Les mots "bio", "grano" et "simplicité volontaire" n'ont jamais fait partie de leur vocabulaire. Ils faisaient tout cela naturellement parce que c'était "ben meilleur frais".
«Votre série me fait revivre cette époque encore très proche.
«L'an prochain, je vous suggère de vous mettre à la poursuite des petits fruits sauvages : graines de thé, carcajou, fraises, merises, framboises, bleuets, cerises, mûres, pommettes et raisin -- dans l'ordre de leur apparition. Si vous n'avez jamais grimpé dans un arbre pour y manger des merises à pleine poignée à même les branches et en avalant tout, même les noyaux, je vous promets une expérience inoubliable.
«Surveillez bien la météo pendant la floraison des arbres, cependant. S'il gèle durant cette période, adieu merises. Pour les autres que je vous ai mentionnés, bonne chance aussi! Il n'y en a pas partout et il faut parfois faire des prouesses (et se salir les mains) pour les découvrir. Mes frères et moi passions tous nos étés à cette chasse et nous en profitions pour découvrir d'autres "joies de la nature" avec les jeunes voisins...
«Votre thème de la sexualité volontaire m'a aussi rappelé de bons souvenirs avec un de mes anciens chums qui habitait à la campagne. Nous avons souvent mis en pratique votre maxime : "Il n'y a qu'à rester chez soi et s'amuser dans la pièce de votre choix."
«On passait d'abord chez le dépanneur pour aller chercher de la bière, puis de retour à la maison, mon chum transportait dans le salon le matelas d'un des lits "queen" qui allait devenir notre "table à pique-nique". On y mangeait, buvait, regardait la télé ou écoutait les oiseaux, et on y enregistrait les gros orages et la pluie qui tombait sur le toit de tôle. On enregistrait aussi le chant des grenouilles au printemps. De retour en ville, je me passais ces enregistrements pour m'endormir. J'avais 45 ans et il en avait 30. Ça a duré 10 ans et c'était vraiment le bon temps!
«Merci de m'avoir lue.»
Maggie B. (60 ans)
Gatineau, Québec
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