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Complexité volontaire

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Complexité volontaire

Peut-on vivre écolo avec une jeune famille? Notre journaliste Marc Allard, qui sera bientôt papa, a décidé de relever le défi. Chronique d'une transition verte. »

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) J'ai longtemps cru que le jour où je serais papa, je pourrais devenir un modèle pour mon rejeton, comme investi d'une soudaine sagesse paternelle.

À quatre semaines de la naissance de ma toute petite, je doute que ça arrive. Mais s'il y a une chose en laquelle je crois pouvoir me transformer, c'est en un père plus vertueux, aussi dérisoire que ça puisse paraître.

Et pour moi, en 2010, la vertu se mesure aux gestes que l'on pose pour contrer le réchauffement climatique.

Ah! J'entends déjà les animateurs de CHOI soupirer de voir un autre grano dans les médias. Un de plus à savonner les oreilles des braves gens qui prennent leur char le matin pour aller au travail et qui voudraient un nouveau pont - et pas encore un maudit autobus! - pour faire l'aller-retour entre Québec et la Rive-Sud.

De toute façon, c'est connu depuis le Climategate et le Galciergate : les scientifiques exagèrent la menace des changements climatiques pour se donner de l'importance et emmerder les banlieusards. Qu'à peu près tous les groupes scientifiques d'importance dans le monde aient conclu que la planète se réchauffe et que les gaz à effet de serre en sont la principale cause n'y change rien.

«Les fondations empiriques de la théorie du réchauffement climatique anthropogénique [causé par l'humain] sont sérieusement endommagées et ce ne pourrait être qu'une question de temps avant que l'édifice ne s'écroule», écrivait récemment Nathalie Elgrably, de l'Institut économique de Montréal, dans le Journal de Québec.

Alors, est-ce que quelqu'un veut toujours s'inscrire au Défi Climat?

Moi, oui.

Certains s'en souviendront peut-être, fin 2008, j'avais fait 30 jours de simplicité volontaire. Mon défi était radical : rien acheter de neuf et ne manger que bio et local (dans un rayon de 160 km autour de chez moi). Un an et demi plus tard, on m'en parle encore.

Pis, Marc, la simplicité volontaire? Est-ce que ça t'a changé?

Je mange beaucoup plus bio et local. Je n'achète plus grand chose de neuf. Mais quelques vieilles habitudes sont revenues, surtout côté bouffe, comme de me nourrir fréquemment de ce que je n'ai pas préparé : des plats cuisinés à l'épicerie, des restos le midi, des cochonneries qui tombent dans la fente de la distributrice. Ah oui, j'ai aussi acheté une vieille Mazda.

Est-ce que je devrais culpabiliser pour autant? Mme Elgrably n'est certainement pas la seule à essayer de me convaincre que je me fatigue déjà trop et que je devrais filer chez Future Shop pour acheter un écran plat.

L'ennui, c'est que je suis loin d'avoir le sentiment d'en faire assez. Ce doit être la paternité qui me botte le derrière, mais - et c'est ce que je veux dire par vertu - on dirait que, moralement, j'ai envie de faire la «bonne chose.»

Et pour y arriver, ma blonde et moi, on a choisi de se compliquer la vie. De marcher, de pédaler ou de prendre le bus, de privilégier la bouffe locale et bio, de réduire la viande et les emballages, de composter, de cultiver un jardin, de fermer les lumières et de baisser le chauffage, d'acheter usagé et de faire réparer nos vieux trucs.

On va commencer par là, en espérant qu'on sera à la hauteur de nos ambitions. Appelez ça simplicité, complexité ou absurdité volontaire si vous voulez. Mais à partir d'aujourd'hui, j'en suis. Et ma petite famille aussi.

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