Je parle plutôt d'un geste politique, comme dans le titre du livre du Laure Waridel Acheter, c'est voter. Ça se passe le mercredi en fin d'après-midi, dans une ruelle à deux coins de rue de chez nous, où est stationnée l'adorable camionnette blanche de la coopérative La Mauve, qui vient livrer notre panier bio.
Ma copine adore la surprise : on ne sait jamais ce qu'il va y avoir dans le panier. Cette semaine, par exemple, on a eu droit à du chou frisé (kale), de l'ail, de la laitue, de la coriandre, un cheddar et une tartinade de chèvre aux canneberges, de la saucisse merguez et du steak de surlonge.
Et alors, le geste politique, il est caché derrière mes feuille de laitue bio? D'une certaine façon, oui. En achetant cette laitue bio récoltée à la ferme La Maria, à Saint-Michel-de-Bellechasse, je vote en faveur d'une autre façon de faire de l'agriculture, sans pesticides, sans engrais chimiques et sans Monsanto.
Je pose aussi un geste intéressé. Comme mes légumes biolocaux n'ont pas poussé avec des produits chimiques, je diminue les risques de cancer pour, ma blonde, ma pouponne de deux semaines et moi - comme l'ont déjà conclu plusieurs études signées par des gens sérieux. Je réduis également les probabilités qu'un de nous trois soit intoxiqué par l'E. coli, la salmonelle ou d'autres terrifiantes bactéries qui ont fait la renommée de mégaproducteurs américains.
Et si vous croyez que tous ces arguments ne sont que le fruit d'une conspiration tramée par les «Environnementeurs», pensez que les paniers que vous achetez presque sans intermédiaire à des agriculteurs d'ici leur permettent de continuer à gagner leur vie en pratiquant un métier sans doute plus vulnérable que jamais au Québec.
Dans les supermarchés de la province, où la très grande majorité des Québécois achètent leur nourriture, les denrées produites au Québec ne comptent que pour le tiers des ventes, calcule l'Union des producteurs agricoles (UPA) (50 % si on inclut les produits transformés ici, dont les ingrédients proviennent souvent de l'étranger).
Depuis une quinzaine d'années, cette proportion plonge. Les grandes chaînes s'approvisionnent de plus en plus sur le marché international, où les agriculteurs québécois compétitionnent avec des multinationales qui sous-paient leurs travailleurs et récoltent leurs fruits et légumes où on peut porter des shorts plus que quatre mois par année.
Les paniers bio permettent de contourner les épiceries. L'organisme Équiterre, qui coordonne le plus important réseau d'Agriculture soutenue par la communauté (ASC) au Québec, estime qu'environ 30 000 Québécois s'alimentent avec les paniers de la fin juin à octobre, un chiffre qui augmente chaque année. D'autres organismes, comme l'Union Paysanne ou La Mauve, participent au mouvement. C'est peut-être marginal quand on songe à tout ce qui passe aux caisses des Metro, IGA, Provigo et autres. Mais c'est comme ça que les révolutions commencent, non?











