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Complexité volontaire

Peut-on vivre écolo avec une jeune famille? Notre journaliste Marc Allard, qui sera bientôt papa, a décidé de relever le défi. Chronique d'une transition verte. »

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«Ma blonde dit qu’on utilise d’abord les couches...

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«Ma blonde dit qu’on utilise d’abord les couches lavables parce qu’elles sont plus vertes. Mais le sont-elles vraiment?»

Marc Allard
Le Soleil

(Québec) «Oh, une p'tite surprise!» Je m'étais juré de ne jamais dire ça en voyant la couche pleine de notre petite fille. Et me voilà comme ces parents que je trouvais un peu ridicules, gaga devant un caca.

Drôle de réflexe. Pourtant, changer les couches du bébé ne m'enthousiasme pas vraiment, encore moins quand elle me réserve une autre p'tite surprise sur la table à langer.

Au moins, le grano en moi peut se réjouir d'utiliser des couches lavables. Elles sont bleues, jaunes, vertes ou roses et un peu plus épaisses que les couches jetables, ce qui donne à notre bambine de plus en plus potelée un adorable look de mini-sumo. On en a une vingtaine presque neuves achetées sur Les PAC pour 300 $ à une mère qui s'est lassée avec deux enfants.

Je peux la comprendre. Ça fait trois semaines qu'on les emploie et, effectivement, c'est plus exigeant que les jetables. Au lieu de les balancer aux vidanges, on les empile dans une poubelle, et quand le couvercle ne ferme plus, on les lave. On a aussi l'impression que les couches lavables absorbent moins et fuient plus souvent.

Mais c'est loin d'être l'enfer que certains m'annonçaient. Peut-être parce qu'on a choisi des BumGenius et des Fuzzibunz, deux marques que Protégez-Vous a mises au top de son classement dans la catégorie couches à poches. Ou parce qu'on est en congé et qu'on a le temps d'accrocher sur la corde.

Ma blonde dit qu'on utilise d'abord les couches lavables parce qu'elles sont plus vertes. Mais le sont-elles vraiment? Une étude des plus citées a été réalisée par l'Agence de l'environnement britannique en 2005 et mise à jour en 2008. Elle compare les impacts environnementaux des couches jetables et lavables durant tout leur «cycle de vie», de l'extraction des matières premières au dépotoir.

L'étude conclut que des couches jetables utilisées par un bébé durant 2 ans et demi engendrent en moyenne 550 kg de CO2 alors que les couches lavables en génèrent... 570 kg - et contribuent ainsi davantage au réchauffement climatique. Ouch.

Hier matin, Valérie Bécaert, directrice adjointe du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), m'a dit qu'il n'existait pas d'étude québécoise ou canadienne sur le sujet et qu'il était donc difficile de trancher le débat ici.

Mais elle m'a aussi mentionné que l'énergie au Royaume-Uni dépend encore beaucoup du charbon (environ le tiers). Et comme au Québec «on a une énergie plus propre et qu'on n'est pas restreint en termes d'eau, intuitivement, m'a-t-elle dit, les couches lavables seraient probablement favorisées».

Encore là, pour l'empreinte écologique des couches comme pour bien d'autres choses dans la vie, il n'y a pas de certitude. Mais vient un moment, répétait un de mes profs d'économie, où il faut choisir.

Intuition

Mon intuition me dit qu'au rythme où notre petite fille d'un mois et demi salit ses couches, relaver la même vingtaine de couches lavables est beaucoup plus écologique que d'envoyer aux ordures à peu près six mille couches jetables qui bouffent chaque fois un peu plus de pétrole et de pulpe de papier avant d'être livrées à la pharmacie du coin dans un emballage Walt Disney.

J'ai peut-être tort. Mais comme le soulignait l'étude britannique, au final, ça dépend beaucoup de ce qu'on fait avec les couches lavables. En évitant la sécheuse, en lavant à pleine capacité à l'eau froide ou tiède et en réutilisant les couches pour un autre enfant, difficile d'avoir une plus grosse empreinte écologique qu'avec des Pampers.

Quant au coût, c'est le même principe. Ça varie d'une famille à l'autre. Nous, on pense économiser au moins 1000 $ en deux ans et demi. Mais je vous laisse faire votre calcul. J'ai une cou­che à changer.


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