Avenue Brown, un mercredi soir pluvieux d'octobre. À peine sorti du travail, Jean-Christian Roy commence sa deuxième journée. Un parapluie à la main droite, une carte dans l'autre, il s'assure d'abord d'être du «bon» côté de la rue, puis se rend cogner à une première porte. «Bonjour, je m'appelle Jean-Christian Roy et je me présente pour le Défi vert dans le quartier Saint-Sacrement-Belvédère.»
Poli, l'homme derrière la porte le fait entrer pour écouter son laïus. Le citoyen a beau faire son compost religieusement et se dire sensible à la cause environnementale, il se sent obligé de faire un aveu au jeune candidat lui tendant un dépliant. Non seulement ignorait-il l'existence d'un parti environnemental à Québec, mais son choix pour le 1er novembre est déjà fait : il votera pour l'indépendant Yvon Bussières parce qu'il dit bien le connaître.
Jean-Christian Roy ne s'en formalise pas. «Très peu d'électeurs nous connaissent», reconnaît-il. Largement ignoré par le maire et avec très peu de moyens, le Défi vert de Québec (DVQ) s'est engagé dans un contre-la-montre essoufflant pour sortir de l'ombre d'ici au scrutin. Surtout si le tout jeune parti souhaite survivre à ses premières élections.
Les verts tentent depuis maintenant 25 ans de se faire élire au fédéral et au provincial, sans grand succès. Voilà qu'ils tournent maintenant leur attention vers la scène municipale, qui leur semble de plus en plus le meilleur champ de bataille pour protéger l'environnement. Après tout, en Europe, de plus en plus de villes passent au vert. À elle seule, la France compte une cinquantaine de maires et environ 2000 conseillers se disant de tendance écologiste, selon la Fédération des élus verts.
Pas étonnant donc qu'après avoir lui-même échoué à se faire élire à plusieurs reprises au fédéral et au provincial, Richard Domm ait eu l'idée de fonder en 2007 le Défi vert. À ses premières élections le 1er novembre, le parti a tout de même réussi l'exploit de recruter 20 candidats, dont un à la mairie. Du coup, la formation est la deuxième en importance derrière Équipe Labeaume, seule à présenter des candidats dans les 27 districts.
Image de «granolas»
Mais à l'heure où pratiquement tous les politiciens se drapent de vert, les candidats du DVQ peinent ironiquement à prendre leurs distances de l'image de «granolas» leur collant à la peau. Pour s'en débarrasser, Richard Domm a donc cru bon recruter Yonnel Bonaventure pour se lancer dans cette aventure municipale avec lui. «C'est un homme d'affaires qui a réussi, c'est quelqu'un de crédible», estime-t-il
Copropriétaire des Piazzetta, le chef reconnaît que le principal défi de son parti consiste à établir sa crédibilité. «On n'est plus des rêveurs qui veulent tout colorier en vert. On parle des vraies choses, on parle d'économie», dit-il.
Lui aussi dit croire à ce virage municipal. «Je n'y croyais plus de récolter des 3?% ou 4?% à force de maints efforts», confie Yonnel Bonaventure, qui s'est aussi présenté à plusieurs reprises au fédéral et au provincial. Pourtant, ce sont les villes qui exercent la plus grande influence, constate-t-il aujourd'hui. «Ce n'est pas le gouvernement du Canada qui va décider de mettre un tramway à Québec, puis la semaine prochaine à Winnipeg. Ça se passe à la Ville.»
Les verts pensent surtout pouvoir se soustraire à l'interminable débat nationaliste qui occulte souvent les autres enjeux au fédéral et au provincial. «Au municipal, on n'est plus fédéraliste ou souverainiste, on peut juste être verts», dit Sylvain Dion, l'homme à tout faire du DVQ, candidat, porte-parole et organisateur.
Mais surtout, les verts voient une occasion à ne pas rater à Québec avec l'effondrement du Renouveau municipal, qui ne présente que 11?candidats aux élections et aucun prétendant à la mairie. «Il y a un vide, un vacuum qui s'est créé, et on se fait aspirer dedans», dit Sylvain Dion. Ses membres rêvent même ouvertement de former l'opposition officielle au prochain conseil municipal.
Campagne frugale
Deux ans après sa fondation, le parti est encore à s'organiser. Le Défi vert a beau avoir élu domicile de l'autre côté de la rue du local d'Équipe Labeaume, dans le parc industriel Saint-Malo, les deux sont à des années-lumière. Pendant que le parti du maire prévoit dépenser environ 250 000 $, les verts jonglent avec un budget bien maigre en comparaison?: 6000 $.
Ironiquement, le parti qui présente 20 candidats pourrait investir jusqu'à 400 000 $, mais compte dépenser moins que le maximum permis pour un seul prétendant au poste de conseiller (8800 $). «C'est très difficile de trouver des fonds. Je ne sais pas comment M. Labeaume fait. Il doit avoir des gens riches qui l'aident. Mais nous, on n'en a pas», dit Yonnel Bonaventure.
Le chef a accepté de prêter une partie du budget de campagne à son parti, tandis que Richard Domm a dû se résoudre à revendre la guitare de collection qu'il venait d'acheter, une Gibson ES-330 1967. «À 58 ans, j'avais le choix entre ma guitare de rêve et ma vision écologique.»













