Labeaume en campagne comme une rock star

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Comme une rock star, Régis Labeaume signe des... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Comme une rock star, Régis Labeaume signe des autographes.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Jean-François Néron
Le Soleil

(Québec) Il signe des autographes, crée des attroupements. Il en séduit plusieurs par son style, son franc-parler. Certains rapprochent son charisme de celui d'un Lucien Bouchard. Pour d'autres, en revanche, ses élans de grandeur évoquent plutôt Jean Drapeau... En campagne, Régis Labeaume ressemble étrangement à une rock star en tournée. Un peu trop, aux yeux de certains.

La cafétéria du pavillon De Koninck de l'Université Laval est remplie en ce mardi midi. Régis Labeaume fait son entrée. À peine a-t-il franchi le seuil de la porte que déjà de nombreux étudiants le saluent, lui serrent la main. Il y a aussi ce chercheur qui lui demande d'intervenir auprès du recteur parce que ses collègues venus de l'étranger peinent à faire reconnaître leurs compétences à l'Université. «Ce n'est pas de ma responsabilité», plaide M. Labeaume. Devant l'insistance de son interlocuteur, il promet d'en parler au recteur.

Entre deux bouchées, les étudiants attablés prennent une pause pour lui parler. Contrairement à ce qu'on voit souvent dans ce genre d'exercice de campagne, aucun n'est irrité ou gêné, la discussion s'amorce même facilement. Au Collège F.-X.-Garneau il y a deux semaines, au Cégep de Limoilou cette semaine, le scénario est identique.

«Allez voter pour qui vous voulez, mais votez», leur dit-il. Depuis le début de la campagne, le maire sortant courtise l'électorat jeune, qui n'est pourtant pas réputé pour se rendre aux urnes en grand nombre. L'effet Labeaume fera-t-il renverser la tendance?

«Moi, je vais aller voter, et ça sera pour lui», annonce Catherine, étudiante en sciences politiques. Comme son confrère Jean-François, elle aime l'approche et le dynamisme du candidat. Sur la vingtaine d'étudiants interrogés, tous sont unanimes à dire que Labeaume est «leur homme». Pas un pour affirmer le contraire.

Des témoignages d'affection que confirme le sondage publié lundi dans Le Soleil qui accorde à M. Labeaume 88 % des intentions de vote.

«Je pense que les gens de Québec lui vouent une admiration sans borne. Ils voient en lui un grand leader qui sait leur parler. Ils avaient besoin de quelqu'un qui les fait rêver. Parce que quand on décortique ce qu'il dit, il n'y a pas grand-chose. Il annonce plein de projets, plein de comités, mais ça prend du temps à réaliser ces choses. Il est habile», analyse le conseiller Paul Shoiry, qui termine son mandat demain.

«Un caméléon»

Labeaume a beau être un adversaire politique, Paul Shoiry apprécie les qualités de communicateur du maire sortant. «C'est un méchant phénomène. Une personnalité incroyable. Il est partout. C'est une boule d'énergie. Je le vois un peu comme un caméléon.»

M. Shoiry a reconnu l'animal qui habite le maire sortant lorsqu'il a entendu des entrevues réalisées en cours de campagne le même jour à deux stations de radio qui ciblent des clientèles bien différentes. «J'en étais renversé. À CHOI, il disait des choses comme «c't' affaire-là», «c'te chose-là». À Radio-Canada, il avait un langage plus soigné. Même son ton et son vocabulaire avaient changé.»

Cette capacité d'adaptation se reflète sur le terrain. «Salut, la calotte.» «Tu votes pour moi? C'est-tu à cause de mon corps?» Devant des cégépiens, Labeaume fait face à une clientèle un peu plus jeune et provoque encore un effet monstre.

«Je vais avoir 18 ans dans quatre jours. Je vais voter pour la première fois, et ça sera pour lui», confie Marc-André. «Vous m'impressionnez», affirme pour sa part Alex, qui n'a pas encore mis un pied dans un bureau de scrutin. C'est donc aux mains du maire sortant qu'ils perdront leur «virginité politique» dans l'isoloir.

«C'est une rock star, poursuit M. Shoiry. Je le vois plus comme une vedette que comme un politicien.» À voir le maire sortant signer des autograpuihes sur des casquettes et des avant-bras et se faire photographier avec des étudiants, l'allusion est à propos.

Les personnes âgées, quoique plus réservées, aiment bien aussi l'attitude Labeaume et son franc-parler. «La première fois, je n'avais pas confiance en lui. Mais là, je le trouve bon en tabarnouche. Y'a de la poigne», raconte Mme Louisette, présidente d'un club d'âge d'or de Beauport où le maire s'est prêté mercredi au jeu de danser sur l'air d'un continental. «J'aime ça quand y brasse. Ça va faire le politically correct», ajoute une autre dame, qui lui donnera son vote.

«Il pogne. Les gens l'aiment. Il est bon. Il est partout. C'est de l'autocratie et de la mégalomanie. Ça m'étourdit», confie Gilles Lesage, ex-journaliste politique au Devoir, qui reprend des propos de Yonnel Bonaventure, candidat à la mairie pour le Défi vert.

Il lance un avertissement à propos des dangers que représente une si grande popularité. «Il me fait penser à Jean Drapeau, qui est devenu mégalomane et autocrate. Ils finissent par s'imaginer qu'ils peuvent faire et dire tout ce qu'ils veulent.»

«Quand tu commences à être d'accord avec Jeff Fillion, qui dit qu'on ne peut donner à Labeaume le pouvoir qu'il réclame, poursuit-il, tu commences à avoir un problème. Le pouvoir, c'est une drogue. Ça corrompt. Les gens disent qu'il nous met sur la map. Les gens aiment l'idée qu'il faut être dans la parade. Un moteur qui s'emballe comme ça, il faut y mettre les freins», explique-t-il, faisant référence aux nombreux projets lancés par le maire sortant comme celui du colisée qui lui semble «mal ficelé». Par-dessus tout, M. Lesage craint que la population perde son sens critique.

Un vrai «cheerleader»

Mais ce «moteur», c'est justement ce qu'apprécient les électeurs, soutient Thierry Giasson, professeur en communication à l'Université Laval. «C'est quelqu'un qui ne parle jamais en mal de sa ville. À l'écouter, il n'y a pas de problèmes à Québec. Il ne s'y passe que de bonnes choses. C'est le cheerleader de sa ville. Il a l'air de n'avoir peur de personne. Il est devenu l'incarnation de la ville.»

À sa connaissance, il y a eu peu de frénésie pour un politicien comme celle envers M. Labeaume. «Lucien Bouchard en 1995. Les gens étaient hystériques. On le présentait comme une figure messianique. René Lévesque était un peu à l'image de M. Labeaume. Un petit monsieur, pas particulièrement beau, mais qui parlait vrai. Il révélait alors une histoire d'émancipation que les gens voulaient entendre. Enfin, on peut aussi nommer Pierre Elliott Trudeau, qui était une véritable rock star

M. Labeaume en est quasiment devenu une, au sens propre, avec la diffusion sur YouTube cette semaine d'une vidéo promotionnelle (lipdub) réalisée lundi par la radio NRJ, qui le présente comme le «plus meilleur maire». Le clip avait été vu plus de 65 000 fois sur Internet en date de jeudi.

Devant les succès du maire sortant, d'autres voudront peut-être suivre son exemple. C'est le cas de Tony Cannavino, candidat à la mairie de Gatineau. Dans une entrevue donnée au Droit d'Ottawa, il a comparé son «style à celui du flamboyant maire de Québec», écrit-on.

Pour l'instant, Régis Labeaume est seul en piste, mais ça ne veut pas dire que ça sera ainsi aux prochaines élections, prévient M. Giasson. «Il a réussi à marginaliser l'opposition en la ridiculisant systématiquement. Toutefois, elle peut se réorganiser. Tout ce qui monte redescend», conclut-il.

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