«On ne peut pas changer une réglementation provinciale. Et puis on n'ira pas fausser le résultat des élections. Quand les candidats font des choix [de se présenter comme indépendants], c'est à eux de les assumer», a statué le maire, lundi, en point de presse.
La forte majorité de son équipe ne commande pas nécessairement une opposition organisée, d'après lui. «Ça va nous inciter à encore plus de prudence. Si ça avait été 20 Équipe Labeaume et sept autres, il aurait pu se développer une attitude différente. À 25 sur 27, en partant, on sait qu'on va être sous la loupe [des médias] et celle de la population», a insisté le grand patron.
L'obligation d'appartenir à un parti dûment constitué pour être désigné chef de l'opposition est inscrite dans la charte de la Ville de Québec. La Loi sur les cités et villes précise quant à elle la façon d'établir le budget de fonctionnement du cabinet du maire et du chef de l'opposition. En gros, le second touche la moitié des sommes allouées au premier, à condition bien sûr de porter les couleurs d'une équipe enregistrée aux élections.
L'année dernière, le cabinet de Régis Labeaume dépensait 980?000?$. L'opposition formée par le Renouveau municipal de Québec avait donc droit à 490 000?$. Pour le prochain mandat, les indépendants Anne Guérette et Yvon Bussières devront se contenter d'un peu plus de 26 000?$ pour assumer leurs dépenses de recherche et de secrétariat.
Pousser l'analyse
S'il désirait modifier ces règles, le conseil municipal devrait présenter une demande au ministère des Affaires municipales, qui doit faire approuver tout changement par l'Assemblée nationale. La charte a déjà été modifiée l'an dernier pour réduire le nombre de conseillers et d'arrondissements sur le territoire, et elle devra l'être à nouveau si le maire Labeaume souhaite toujours bonifier la rémunération des élus municipaux. La dernière grande révision de la Loi sur les cités et villes, peu sujette aux modifications parce qu'elle régit l'ensemble des municipalités du Québec, date quant à elle de cet été.
Le ministre Laurent Lessard n'a pas voulu s'avancer sur le terrain législatif, lundi, lors d'un point de presse postélectoral. «C'est un peu prématuré. Chaque grande ville a ses chartes, alors il faudra pousser l'analyse», s'est-il contenté de dire.
agir avec prudence
Professeur à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP) et spécialiste de la politique municipale, Serge Belley recommande la prudence avant d'ouvrir les textes juridiques distribuant les titres officiels et partageant les budgets. «C'est certain qu'à deux candidats indépendants devant 25 conseillers Labeaume, c'est un travail colossal, difficile», admet-il.
L'universitaire est convaincu que, dans une ville de la taille de Québec, «pour jouer un rôle rigoureux sur le plan de l'opposition, ça prend évidemment des agents de recherche pour ramasser l'information et monter des dossiers». C'est d'ailleurs pour cela que le gouvernement provincial a encadré le financement des activités de l'opposition dans les grandes villes du Québec dès 1978, rappelle-t-il.
En même temps, M. Belley hésite à dissocier l'attribution des budgets de recherche et de secrétariat des partis politiques. «Qu'est-ce qui va arriver si on a 12 indépendants la prochaine fois?» demande-t-il, peu confiant de l'efficacité d'une opposition multiple.
Ses propos rejoignent d'ailleurs en partie ceux de Régis Labeaume, bien qu'il se soit exprimé bien avant lui, à la demande du Soleil. «Les gens qui ont choisi de se présenter comme indépendants savaient que c'était dans la charte. C'était un choix délibéré et maintenant, ils réalisent l'ampleur du travail à accomplir», dit-il.
Avec la collaboration de Pierre-André Normandin














