Andy Martin, le phénomène qui déchaîne les passions

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Andy Martin, le phénomène qui déchaîne les passions

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Avocat de formation, Andy Martin est devenu célèbre un peu sur le tard, à 62 ans. Reste que tout ce qu'il a touché, de près ou de loin, dégage une odeur de soufre.

Le Soleil, Jean-Simon Gagné

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Chicago) À sa manière, Andy Martin est devenu une célébrité. Si 20 % des Américains croient désormais que Barack Obama est musulman, c'est un peu beaucoup à cause de lui. Rencontre avec l'un des phénomènes les plus étonnants de la campagne électorale américaine.

Ce soir-là, toutes les boîtes de nuit du centre-ville de Chicago fêtaient l'Halloween. Et des fêtards déguisés se succédaient dans le hall en marbre du gratte-ciel de l'avenue Huron. Le portier avait consciencieusement salué plusieurs religieuses, au moins un vampire, un lapin rose et une momie fluo. On avait frolé l'incident lorsqu'un pommier, chargé de pommes véritables, avait failli rester coincé dans les portes tournantes.

Finalement, Andy Martin est arrivé. Reconnaisable entre tous. Même dans ce décor. Car voyez-vous, peu importe les circonstances, Andy Martin est toujours déguisé en Andy Martin.

- Pardonnez-moi ce retard, j'ai été retenu avec une équipe de télévision finlandaise. Des gens que j'ai connus durant mon séjour en Irak, en 2003.

Ainsi va la vie. Il y a 10 ans, Andy Martin aurait été confiné à vociférer dans une feuille de chou, lue par trois pelés et deux tondus. Aujourd'hui, grâce à Internet, le voilà devenu un acteur à part entière de la campagne électorale. Mieux, une vedette qui délaisse parfois le cyberespace pour apparaître à CNN et à FOX News. «Ce qui fascine les médias, c'est que mes écrits se répandent d'une manière étonnante, commence-t-il. Je suis comme le boulanger qui a toujours du bon pain frais en réserve.»

Déchaîner les passions

Avocat de formation, Andy Martin est devenu célèbre un peu sur le tard, à 62 ans. Reste que tout ce qu'il a touché, de près ou de loin, dégage une odeur de soufre.

Périodiquement, on lui remet sous le nez des déclarations antisémites, qu'il renie avec vigueur. Il a aussi connu son quart d'heure de gloire, en 1993, lorsque CBS a consacré un reportage à la multitude de poursuites qu'il déposait devant les tribunaux. Andy Martin a aussi collectionné les candidatures infructueuses, y compris à la présidence des États-Unis. En 1999, lors de la primaire républicaine du New Hampshire, il avait fait diffuser une publicité télévisée accusant George W. Bush d'être cocaïnomane.

Mais la rumeur qui allait le rendre célèbre, Andy Martin l'a rédigée en 2004, peu de temps après que Barack Obama eut commencé son ascension fulgurante. À l'origine, il s'agissait d'un banal communiqué laissant supposer que Barack Obama était musulman. Mais voilà que le texte a été repris par un site Web conservateur, FreeRepublic.com, avant de se répandre comme une tache d'huile. Quatre ans plus tard, on peut même affirmer que la rumeur possède sa propre vie.

Dans certaines assemblées républicaines, les questions entourant les prétendues «origines étrangères» ou la foi de Barack Obama déchaînent des passions plutôt inquiétantes. Des journalistes soutiennent avoir entendu des cris comme «Tuez-le!». Il y a quelques jours, John McCain lui-même a paru effrayé d'entendre une partisane affirmer que son adversaire démocrate était «arabe».

«Je ne suis pas responsable des déclarations stupides des autres, se défend Andy Martin. Est-ce que Dieu doit être tenu responsable des idioties qui sont commises au nom de la Bible? D'ailleurs, je n'ai rien contre les musulmans. Je reproche seulement à Barack Obama de ne pas dire toute la vérité à propos de son passé.»

Avec le temps, Andy Martin a fini par admettre que Barack Obama pouvait être «devenu» chrétien. En fait, il est passé à autre chose. Aujourd'hui, il soutient que le démocrate a appartenu à un groupe radical voulant prendre le contrôle du pays. Et puis, tant qu'à y être, il émet des doutes sur l'identité du père véritable d'Obama. Pour appuyer ses dires, Martin cite d'étranges recherches qui l'auraient conduit jusqu'à Honolulu.

«Vous, les journalistes, vous ne travaillez que sur les histoires qui existent, analyse Andy Martin avec une étonnante candeur. Nous autres, les avocats, nous sommes habitués de rassembler les pièces d'une histoire qui n'existe pas. L'opinion publique ressemble à un jury durant un procès. Ce qui compte, ce n'est pas de lui démontrer avec certitude qu'une personne n'est pas coupable. Il suffit d'introduire un doute raisonnable.»

Tactiques de la guérilla

Sans le vouloir, Andy Martin a peut-être donné un coup de pouce à la campagne de Barack Obama. Il y a deux semaines, l'ancien secrétaire d'État de George W. Bush, Collin Powell, a donné son appui au candidat démocrate.

Dans la foulée, Powell se disait particulièrement dégoûté par les rumeurs entourant la foi du candidat démocrate. Le nom d'Andy Martin n'a pas été pononcé, mais presque.

À la fin, Collin Powel prétend que c'est une photo publiée dans le magazine The New Yorker, qui l'a amené à faire le saut. On y voit la mère d'un jeune soldat américain musulman, effondrée sur la tombe de son garçon mort en Irak.

Powel a affirmé qu'il avait regardé l'image durant plus d'une heure, complètement hébété. «Est-ce que quelqu'un osera me dire que ce jeune homme (...) n'était pas Américain?» a-t-il confié au New York Times.

Mais tout cela n'impressionne guère Andy Martin. «Je n'ai pas souvent tort, parce que je fais attention à ce que je raconte, déclare-t-il sans rire. J'ai des informateurs partout. Je mets en pratique les tactiques de la guérilla, que j'ai pu voir à l'oeuvre du temps où j'étais interprète, durant la guerre du Viêtnam. Je sors de la forêt quelques instants, je lance une grenade, et je retourne aussitôt dans la forêt.»

Malgré ce que prédisent les sondages, Andy Martin reste persuadé que le républicain John McCain va l'emporter. Tout cela même si au fond de lui-même, il sait qu'une victoire d'Obama lui donnerait du boulot pour de longues années.

«Je suis comme la mauvaise herbe qui résiste aux herbicides. Chaque fois que les gens d'Obama ne démentent pas formellement une rumeur, nous pouvons en déduire qu'elle est fondée, conclut-il. Ma spécialité, c'est Obama. S'il gagne, je déménage à Washington.»

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