Aux colonnes grecques, on a substitué un décor moins neutre, nettement plus coloré. Beaucoup plus d'interaction dans cette formule dynamisée, sans discours d'ouverture et de fermeture, où Stéphan Bureau jouait davantage le rôle d'animateur que celui de modérateur.
Imaginez comme première question : «Avez-vous regardé les rendements de vos REER?» Et Stéphan Bureau appelant Stéphane Dion par son prénom, ce sont des familiarités auxquelles on n'est pas habitué.
De là à dire que le débat était meilleur, non. Un tel format empêche les joutes oratoires plus spectaculaires des débats habituels. Et la présence d'un cinquième chef n'a rien de télévisuel. Aride et complexe, la portion sur l'économie, placée en début de débat, n'était pas la meilleure idée.
Un gagnant? Des cinq chefs, Duceppe semblait nettement le plus assuré, toujours d'attaque, ne cherchant jamais ses mots, possédant ses dossiers, mais trop peu souriant. À l'inverse, presque chuchotant, Harper semblait parfois étourdi par les attaques de ses adversaires, comme si les réponses lui glissaient entre les doigts.
Il a repris de l'aplomb au moment de défendre sa promesse d'envoyer des mineurs en prison, et on imagine qu'il reprendra de l'assurance au débat en anglais. Mais si le premier ministre croyait émouvoir le public avec ses 50 $ pour les enfants en culture, c'était plutôt risible.
Loin d'être parfaite, Elizabeth May s'est finalement pas si mal débrouillée en français en première partie, beaucoup moins par la suite. Je me souviens de débats autrement plus laborieux avec l'ex-chef du NPD, Audrey McLaughlin. Jack Layton, que Stephen Harper appelait Jack, n'a pu s'imposer véritablement.
Et Stéphane Dion, celui dont on attendait le moins? Un langage trop didactique, trop universitaire en début de soirée. Plus affirmé, presque théâtral par la suite, et fixant toujours la caméra. Le chef libéral a sauté sur l'occasion de faire oublier son passé en apparence hostile envers les Québécois en disant ce qu'il pensait de bien du chef du Bloc. «Ce n'est pas moi qui vais remettre en cause la sincérité de M. Duceppe», a-t-il dit.
En général, les échanges virulents concernaient, hélas, des sujets isolés, comme ce quiproquo entre Harper et Duceppe pour le vote de la motion sur la nation québécoise, et cet article d'un journal médical évoqué par Stéphane Dion.
Le malaise de la soirée
Incapable de répondre à Gilles Duceppe et semblant démuni, Stephen Harper a laissé Elizabeth May prendre la parole.
Les attaques solides
Harper à Duceppe : «Notre gouvernement agit. Le Bloc réagit tout le temps.»
Duceppe à Harper : «Ce n'est pas croire en la nation québécoise que de couper en culture.»
La cassette du politicien
Stephen Harper, lorsque bombardé de questions sur son plan environnemental.
Le lapin sorti du chapeau
Une conversation privée entre Duceppe et Harper sur la motion de la nation québécoise.
L'échange le plus musclé
La cacophonie au sujet de l'éditorial de l'Association médicale canadienne qui aurait blâmé le gouvernement, soulevé par Stéphane Dion.
Le coup en bas de la ceinture
Dion à Harper : «Personne ne vous croit, et vous ne vous croyez pas vous-mêmes.»
Les meilleures répliques
Duceppe à Harper : «Si on n'applique pas Kyoto, ce sera le pollueur payé, Monsieur Harper. Le principe, c'est le pollueur-payeur.»
May à Harper : «Votre plan (environnemental) est une sorte de fraude!»











