«Comme premier ministre, je dois me demander ce qui est le mieux pour l'avenir du Québec : demander un mandat clair aux Québécois pour traverser cette tempête qui s'annonce, ou risquer d'être forcé à aller en élections par l'opposition en plein coeur de la crise», a plaidé le chef libéral, hier. Une heure auparavant, à la suite d'un Conseil des ministres, M. Charest s'est rendu chez le lieutenant-gouverneur et lui a demandé de dissoudre la Chambre. Les élections auront bien lieu le 8 décembre.
Pendant 33 jours, le leader fédéraliste compte répéter aux quatre coins de la province que la crise économique mondiale frappera le Québec et que, pour y faire face, il faut mettre fin à «l'incertitude» du contexte minoritaire.
«Si la cohabitation pouvait être pratiquable en temps de croissance, elle constitue un risque déraisonnable en période d'incertitude», avance-t-il.
M. Charest s'appuie sur le refus de PQ et de l'ADQ de voter en faveur de l'un ou l'autre de ses budgets pour illustrer le manque de collaboration de l'opposition. Selon lui, la baisse d'impôt d'un milliard de dollars et le programme d'investissement dans les infrastructures, deux mesures qui fouettent l'économie, ont été mises en place sans l'appui de l'opposition.
«Si on avait écouté Pauline Marois et Mario Dumont, aujourd'hui, le Québec serait en récession», a lancé le chef libéral.
Autant à son premier point de presse, au quai des Cageux de la promenade Samuel-De Champlain, que lors de l'investiture de Sam Hamad, en soirée, M. Charest a martelé son image préférée : «Pendant une tempête, il ne doit pas y avoir trois paires de mains sur le gouvernail».
Le chef libéral a refusé de croire les partis d'opposition qui lui ont offert leur collaboration pour traverser la crise.
«Avec un gouvernement minoritaire, l'enjeu n'est pas de savoir s'il y aura des élections, mais quand il y aura des élections», dit-il.
Il veut donc faire porter la campagne sur l'économie, et avance que son équipe est la plus compétente pour faire face aux «turbulences».
M. Charest ne voit pas de problème dans les remarques du vérificateur général, Renaud Lachance, qui soutient que le Québec a un déficit cumulé de 5,8 milliards $. La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, dit plutôt détenir un surplus de 2,3 milliards $. Ce calcul est basé, selon le VG, sur un projet de loi qui n'a pas été adopté.
«Il a signé les états financiers, note M. Charest. Personne n'est en désaccord avec les chiffres. La façon dont on les présente, c'est ça l'enjeu.»
Il a aussi soutenu que cela ne fait aucune différence si, contrairement à l'année dernière, les états financiers du Québec ne sont pas déposés en octobre. «Les chiffres sont les mêmes, dit-il. Ça ne change rien. Tout est pareil.»
Le premier ministre en campagne ne s'émeut pas que le gouvernement conservateur ait été réélu minoritaire, en grande partie parce que le Québec a favorisé une opposition forte.
«Il faut qu'on fasse un choix propre au Québec, insiste M. Charest. Dans un contexte où le gouvernement devra prendre de grandes décisions. Ce n'est pas la répétition d'une autre élection qu'on fait ici.»
Et si sa popularité a pris beaucoup de mieux depuis qu'il dirige un gouvernement minoritaire, M. Charest dit qu'il ne changerait pas d'attitude aux commandes d'une majorité. «Le message que m'ont passé les Québécois en 2007 a été bien compris, assure-t-il. Je pense que le message s'adressait directement à moi. Dans la vie, on apprend.»
Contrairement à la dernière campagne, les libéraux n'entendent pas présenter l'ensemble de leur programme électoral d'un seul coup. «Ça va se faire au fur et à mesure de la campagne, a dit Jean Charest. Ce sera l'occasion de présenter à la fois l'équipe et le plan pour que les Québécois puissent faire un choix sur notre avenir économique.»
Ce matin, le chef libéral doit présenter les grandes lignes de son plan économique au Capitole, à l'invitation de la Chambre de commerce de Québec. Il prendra ensuite la direction du Hilton Bonaventure, dans la métropole, à l'invitation de la Chambre de commerce de Montréal. Il sera dans sa circonscription de Sherbrooke à 18h30, pour sa propre investiture, et couchera à Bécancour.











