Pas mal moins conviviale qu'au débat fédéral, la nouvelle formule menée par Stéphan Bureau n'est pas infaillible, et laisse quand même place aux échanges inaudibles. Les trois chefs, mardi, avaient souvent l'air d'enfants d'école qui se chamaillaient. «Il m'a crié des insultes!» a lancé Dumont à un moment du débat. Il fallait voir Marois et Charest s'obstiner sur qui des deux avait laissé un déficit.
Après à peine 20 minutes de débat, Stéphan Bureau a dû calmer les esprits. «Svp, donnons-nous une petite pause!» La suite allait souvent tourner à la cacophonie. «Je vous avoue qu'il est difficile de vous suivre», a poursuivi l'animateur.
Pour un premier débat comme chef, alors que ses rivaux étaient des habitués, Pauline Marois s'est dans l'ensemble bien débrouillée, n'hésitant que de rares fois. N'empêche, la chef péquiste a rarement laissé parler le premier ministre jusqu'au bout, tellement qu'on s'est demandé pourquoi Stéphan Bureau n'a pas utilisé son privilège de fermer le micro de la chef du PQ.
Mme Marois devait s'y attendre : son passé peu reluisant en santé et en éducation a occupé une bonne partie du débat. Ses rivaux ne se sont pas empêchés de lui remettre sur le nez ses mises à la retraite, qu'elle portera longtemps comme un boulet.
«Je ne recommencerais jamais», a dit la chef péquiste, admettant l'erreur. Imaginez la satisfaction de Jean Charest. Mme Marois a été d'autant plus maladroite d'affirmer que les décisions qu'elle a prises il y a 10 ans n'avaient plus d'impact aujourd'hui.
Mario Dumont a beau avoir été celui qui a parlé le moins, l'homme du peuple a été l'un des rares à s'adresser directement à la caméra, comme Stéphane Dion l'avait fait au débat fédéral. Plus d'une fois, il s'est distancié, sourire aux lèvres, de ses deux rivaux qui s'entretuaient. Le procédé l'a sans doute servi.
Au sommet des sondages, Jean Charest n'a jamais eu l'air autant sur la défensive que mardi soir. Rarement a-t-il vraiment eu le contrôle sur le débat, sans cesse ridiculisé par ses adversaires. Je ne me souviens pas avoir vu autant de salves groupées contre un même homme un soir de débat.
Charest avait le vilain défaut de répéter de deux à trois fois ses statistiques, notamment sur le pourcentage d'attente d'opérations, et ramenait souvent les mêmes arguments dans les mêmes mots.
Quand le débat constitutionnel est arrivé sur le débat, M. Charest a sauté sur le morceau, paraissant le plus agressif des trois, et mettant ses deux adversaires dans le même panier. Mme Marois venait de tendre la main à M. Dumont pour rouvrir la Constitution.
Visiblement, Pauline Marois a excédé un Jean Charest écarlate, qui avait souvent l'air d'avoir de la fumée qui lui sortait par les oreilles lorsqu'elle s'adressait à lui. Il faut admettre que Mme Marois a sorti des formules efficaces à l'endroit de Jean Charest. «M. Charest doit toujours s'attaquer aux bilans des autres. Ça fait juste six ans qu'il est là.» Ou encore : «Encore la cassette! La cassette!»
La question d'un citoyen en fin de débat, en parallèle avec les rêves de Barack Obama, nous aura quand même montré que nos chefs ont du chemin à faire avant de partager le même charisme et d'inspirer la même confiance que le nouveau président américain...











