Le parc régional des lacs Long et Montauban menacé: le candidat libéral Michel Matte montré du doigt

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Le parc régional des lacs Long et Montauban menacé: le candidat libéral Michel Matte montré du doigt

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AbitibiBowater a mis en vente la seigneurie de Perthuis, un immense territoire de 29 000 hectares au coeur du parc régional des lacs Long et Montauban.

MRC de Portneuf

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Une autre tuile s'abat sur Michel Matte, le candidat libéral dans Portneuf. Après la fermeture inopinée de l'usine d'AbitibiBowater à Donnacona, des citoyens dénoncent son manque de vision et de leadership dans le développement et la conservation d'un important parc régional de 85 km2. Ce joyau de nature et d'activités récréotouristiques pourrait être compromis par la vente d'un vaste territoire qui appartient à... AbitibiBowater!

La papetière vend la seigneurie de Perthuis, un immense territoire de 29 000 hectares, en appel d'offres. Les intéressés ont jusqu'au début de décembre pour se manifester. Or, la seigneurie forme le quart du territoire du parc régional des lacs Long et Montauban.

Sa vente éventuelle à un promoteur privé, au début de 2009, pourrait ruiner les efforts de conservation et ouvrir la porte à un développement sauvage comme au lac Saint-Joseph ou au mont Tremblant, font valoir Mario Denis et François Vézina de la Société d'aménagement et de conservation des lacs Long et Montauban (SACLLM). «Il y a un risque de dérapage.»

Une situation rendue possible, disent-ils, par le fait que la MRC, sous la gouverne de M. Matte, laisse les équipements à l'abandon : sentier écologique, piste cyclable, sites de canot-camping, bâtiment d'accueil, etc. Ce qui est d'autant déplorable, ajoutent-ils, que plus de 700 000 $ y ont été investis en argent public au fil du temps, sans compter l'argent des municipalités et des utilisateurs du territoire.

Le problème, «c'est qu'on ne connaît pas ses réelles intentions, alors qu'on constate le désengagement et le laisser-faire de M. Matte depuis son arrivée comme préfet de la MRC (de Portneuf) en 2005, alors que tous ses prédécesseurs étaient d'ardents défenseurs du parc régional», signale M. Denis, un des trois membres fondateurs de la Société.

La Société a réussi le rare exploit de réunir tout le milieu, y compris des gens aux intérêts fort divergents, comme les municipalités, les groupes environnementaux, le club de motoneige et les villégiateurs, autour d'un objectif de conservation et de développement récréotouristique. Depuis deux ans, les gens se démobilisent. «C'est comme si on n'arrivait plus à faire vivre notre bébé après l'avoir mis au monde, illustre M. Vézina. C'est un bijou dont il faut s'occuper de façon intelligente.»

Camp de vacances compromis

Le parc abrite, entre autres, un camp de vacances du groupe Kéno, qui y a investi des millions de dollars au fil du temps. «Des camps comme ça, il en reste sept ou huit du genre au Québec. Si on perd ça, on compromet l'accès à la nature pour la jeunesse», soutient M. Vézina, qui est aussi directeur général du Groupe Kéno. Selon lui, les installations du lac Long voient passer 2500 jeunes par année depuis 40 ans.

Toutefois, compte tenu de la valeur des terrains, évalués à plusieurs dizaines de millions de dollars sur le marché, il faudrait un promoteur avec des reins particulièrement solides, fait-on valoir chez Scotia capitaux, chargée de la vente. Une compagnie forestière serait par ailleurs encline à respecter la volonté de conservation du milieu, ne serait-ce que pour des questions d'image.

Les représentants de la SACLLM insistent néanmoins sur la valeur inestimable d'un tel milieu naturel dans le sud du Québec, qui peut s'avérer un formidable outil de développement économique et touristique dans un milieu durement éprouvé par les difficultés de l'industrie forestière. Ils soulignent que, sous la gouverne de M. Matte, la MRC n'a pas su saisir les occasions offertes par AbitibiBowater de préserver les lieux et les acquis.

Un échange de correspondance entre M. Matte et la papetière, que Le Soleil a pu consulter, démontre que la compagnie voulait régulariser la situation des infrastructures installées sur ses terrains auprès de la MRC. Ce qui n'a pas été fait avant que la compagnie connaisse des difficultés financières.

Voilà un bon exemple illustrant le manque de vision et de leadership dont souffre M. Matte, disent-ils. Les deux hommes donnent aussi l'exemple des deux autres seigneuries mises en vente au même moment par AbitibiBowater dans le Bas-du-Fleuve. Les deux MRC locales ont annoncé leurs intentions d'acquérir les territoires en question, notamment en sollicitant l'aide de la Société générale de financement (SGF).

À la SGF, on ne se prononce pas sur la vente des trois seigneuries, mais on rappelle que la Société a acheté un territoire forestier en Gaspésie, il y a deux ans, de... Bowater! La SGF voulait ainsi garantir l'approvisionnement forestier des compagnies locales, mais aussi préserver le territoire.

Un territoire au potentiel reconnu

Ce n'est pas d'hier qu'on reconnaît l'énorme potentiel du secteur des lacs Long et Montauban. Ce territoire situé au nord de Saint-Marc-des-Carrières et à l'ouest de Saint-Raymond, à une heure de Québec ou de Trois-Rivières, comprend plus d'une douzaine de lacs. Dans les années 60, Ottawa a songé à y établir un parc national. Après l'abandon du projet, Québec a voulu lui aussi le protéger avant de s'en désintéresser. Ce sont finalement les élus locaux et les usagers, par l'entremise de la MRC de Portneuf, qui poussent l'idée de créer un parc régional, ce qui fut fait en 2005.

La Société d'aménagement et de conservation des lacs Long et Montauban (SACCLLM), un organisme à but non lucratif, y oeuvrait depuis 20 ans. Entre-temps, elle a vu à la mise en valeur des lieux et à son accessibilité, tout en y préservant l'environnement. Le Camp-école Kéno et la Fédération québécoise de la montagne y ont des installations, de même que le Comité d'aménagement des lacs de Saint-Alban, qui y exploite une pourvoirie. Des milliers de personnes fréquentent les lieux, surtout l'été. Éric Moreault

 

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