Les journalistes qui ont changé d'autocar pour se joindre à la caravane du chef libéral le savent bien. «On s'en va avec l'ectoplasme. Il n'est pas facile à percer.» L'ectoplasme, «personne sans consistance», c'est injuste. Mais difficile à percer, ça, oui.
Chaque point de presse met en scène un homme à qui on peut trouver bien des défauts, mais quelqu'un qui se rapproche le plus de la définition du politicien, «personne qui exerce la politique professionnellement». N'est-il pas tombé dans le métier tout jeune, à 24 ans, élu dans Sherbrooke, député fédéral de l'équipe conservatrice de Brian Mulroney?
Avec lui, nous sommes loin de la candeur de Pauline Marois. La péquiste se fait demander si des militants malfaisants essaient de torpiller sa campagne à Québec. Mais non, je ne sens pas qu'on essaie de torpiller ma campagne. Ce qui autorise les médias à reprendre sans problème le mot torpiller.
Jean Charest, lui, ne se fait pas mettre de mots dans la bouche. À sa rencontre quotidienne avec la presse, Jean Charest se fait mettre au défi. Pouvez-vous répéter la promesse que vous aurez coupé du quart l'attente dans les urgences d'ici 2010? Encore et encore, la même réplique, quel que soit son interrogateur : «Je ne regrette aucun des efforts que nous avons faits au niveau de la santé.»
Évidemment, tout le monde aura compris qu'il n'est pas question de répéter l'engagement. Mais il ne l'aura pas dit vraiment.
Le leader du PLQ maîtrise à fond la manière d'exprimer le flou avec clarté. L'autre matin, il fallait entendre Christiane Charrette, l'animatrice radio-canadienne qui parle plus vite que son ombre, tenter de lui faire dire qu'il «a l'air mieux» depuis qu'il est minoritaire. «Je pense que je suis juste mieux. Point», lui a-t-il servi.
Grande différence avec le scrutin de 2007. Le «faiseur d'images» Michel Guitard avait minimisé les contacts de Jean Charest avec les médias, avec le résultat électoral désastreux que l'on sait. Cette fois, un, deux, trois, quatre points de presse dans la même journée. Essayez de le faire trébucher pour voir! Hors micro, on lui lance une question «pour qu'on écrive des choses exactes». «Pourquoi vous feriez ça, aujourd'hui», relance-t-il avec un large sourire.
Rarement échappe-t-il une expresion malheureuse. En début de campagne, il a laissé tomber dans un discours ce qui ressemblait à «Palin» Marois. Certains y ont entendu une allusion à la controversée candidate défaite à la vice-présidence des États-Unis, Sarah Palin. Il m'arrive comme à tout le monde ne pas prononcer «correctement» un mot, s'est-il défendu en plaidant l'absence de malice.
Dans cette campagne, rien ne semble devoir lui coller durablement. La manifestation qui a perturbé son assemblée partisane n'a pas eu de lendemain. Le lancement par l'indépendantiste Patrick Bourgeois du livre La nébuleuse, sur un réseau de «fédéralistes» qui s'enrichiraient «sur le dos du peuple» et aurait jeté «un pont d'or» pour amener M. Charest de chef de parti à Ottawa à chef de parti à Québec, est resté sans écho. Les critiques sur les chèques de pension sont tombées à plat.
Il y a cependant des limites à l'ambiguïté. Plaider qu'il ne sait rien des chiffres en cours d'année sur les pertes ou les rendements de la Caisse de dépôt et placement du Québec n'est pas de nature à rassurer les électeurs.
Depuis le débat télévisé des chefs, M. Charest s'en tient plus fermement que jamais à ses «lignes de presse». Impossible de tirer de lui un commentaire sur le chaos politique à Ottawa. Un minimum de réactions aux propos de ses adversaires Mario Dumont et Pauline Marois.
Il espère fort probablement ne pas avoir à mettre les gaz d'ici le 8 décembre. Un peu comme le commandant Robert Piché qui avait fait planer un Airbus A330 sur 150 kilomètres pour le poser aux Açores. Évidemment, M. Charest vous dira que, lui, il a de l'essence dans sa machine.












