Hier matin, le chef libéral a commencé à parler clairement de victoire, lors d'un rassemblement partisan à Québec, au Centre de foires. Devant ses militants ? plus de 1500, selon les organisateurs ?, le libéral a appelé ses adversaires à lui accorder leurs voix pour un gouvernement d'union nationale.
«Peu importe votre allégeance politique. Que vous ayez été péquistes, adéquistes, que vous ayez choisi de militer pour un autre parti, que vous soyez souverainistes ou fédéralistes, la journée du 8 décembre est tellement importante pour nous, pour notre avenir, que je demande à chaque Québécois de se joindre à nous.»
Plus tard, à Shawinigan, il a été plus loin. «Le lendemain du 8 octobre, il n'y a plus de couleur politique. Il y a devant nous une tempête économique, par contre.»
Le meneur du PLQ a continué de récupérer le mot fétiche des souverainistes. Son slogan de campagne est «L'économie d'abord, oui». Hier, près de Trois-Rivières, il a fait valoir que sa formation dit «oui» à la santé, à l'éducation, à la famille et à la circonscription. «Le ?oui? que nous voulons est capable d'inclure tout le monde. Un ?oui? inclusif, un ?oui? affirmatif.»
En fin d'après-midi, à Granby, dans Shefford, il a relancé son invitation à l'appuyer, «que vous soyez fédéralistes, souverainistes ou autre chose». Un militant n'a pu s'empêcher de glisser au Soleil que «c'est un peu baveux».
Dumont étonné
Le chef adéquiste Mario Dumont, qui clame que la campagne de M. Charest est au neutre depuis quelques jours, s'est étonné de ce «réveil soudain» de son adversaire libéral. «Après quelques jours de repos, on dirait que quelqu'un vient de tirer sur son pouf, a-t-il commenté. «Les gens entendent Jean Charest faire ce genre d'appel, a noté M. Dumont. (Aujourd'hui), je pense qu'il va y avoir beaucoup d'appétit pour un parti comme l'ADQ qui a des convictions, qui marche droit, qui s'assume et qui sait où il va.»
Devant les journalistes, Jean Charest a présenté son appel comme parfaitement crédible pour les tenants de l'indépendance du Québec même s'il a été lui-même un des ténors du camp du «non» au référendum de 1995. «Ce que je vois à l'écran radar, c'est l'économie. C'est un enjeu qui transcende tous les autres», a-t-il commenté en point de presse. Il a poussé la délicatesse envers les indépendantistes jusqu'à dire que «je ne dis pas aux gens de mettre de côté leur rêve. Je leur demande de travailler avec nous pour faire face à un enjeu économique majeur.»
La main tendue aux indépendantistes n'est pas un geste absurde, a répondu Jean Charest.
«La tempête frappera indépendamment les souverainistes et les fédéralistes. Nous voulons un gouvernement stable, un gouvernement fort pour travailler avec les autres gouvernements, y compris le fédéral.» À ce propos, la tourmente qui règne à Ottasa est d'ailleurs susceptible de lui gagner les suffrages de souverainistes, a-t-il estimé. «L'instabilité politique et l'instabilité économique ne vont pas ensemble», a-t-il réitéré pour la énième fois. Devant son auditoire, le leader du PLQ est venu très près de se proclamer victorieux.
Aux journalistes, il a précisé que «demain (aujourd'hui), je viendrai fêter cette campagne. Mais attention! je ne tiens rien pour acquis. (...) Il y a aura des batailles dans chacun des comtés. D'autant qu'avec trois partis sur la glace, il y a des configurations que personne ne peut deviner.» Avec la collaboration de Simon Boivin











