Q Pour le récent March of the Zapotec, tu es allé enregistrer auprès d'un orchestre traditionnel mexicain. Comment s'est déroulée la rencontre?
R C'est amusant, car la plupart ne parlaient même pas espagnol, ils parlaient zapotec. Et comme le zapotec est un langage ancien, il n'y a pas de mots pour des termes modernes comme enregistrement. [...] Je suis arrivé là-bas avec des démos. Je ne savais pas s'ils apprenaient à l'oreille ou par musique écrite. Finalement, c'était avec des partitions. On a donc dû écrire ce qui correspond à un bouquin complet de partitions! Ça n'a jamais été facile, mais c'était toujours passionnant.
Q J'imagine que tu ne fais pas les concerts avec tous ces musiciens...
R Non. Il y avait 19 personnes, alors ce serait difficile de partir en tournée avec elles. On joue cependant beaucoup de ces nouvelles pièces avec mon groupe de tournée qui réunit environ sept personnes. C'est intéressant de prendre ces chansons à grand déploiement et de les dépouiller pour en retrouver l'essence. On travaille fort pour que ça demeure pertinent et que ça ne devienne pas une version réduite de l'album.
Q March of the Zapotec compte un disque supplémentaire, qui reprend les pièces de Realpeople, ton premier projet musical électronique. Ce sont des pièces que tu créais dans ta chambre, alors que tu avais 16 ans. Comment ç'a été de passer de cette aventure solo, où tu contrôlais tout, à une dynamique de groupe?
R Au départ, ça me paraissait impossible de m'habituer à ça. Quand j'étais jeune, je rêvais d'enregistrer avec une grosse formation et de ne pas faire simplement un projet solo. Mais quand ça m'est finalement arrivé, j'étais effrayé et mal à l'aise, parce que je ne m'étais jamais considéré comme un musicien professionnel et surtout pas comme un compositeur.
Q Tout semble être allé si vite avec Beirut : dès le premier album, il y avait un buzz. Ç'a été difficile d'être soudainement sous les projecteurs?
R On ne s'habitue jamais à être suivi de près par les médias. [...] J'ai l'impression d'avoir été impatient toute ma vie. J'ai quitté l'école car je croyais que j'avais déjà fait le tour. J'essayais de grandir aussi vite que possible, car je sentais que je n'aurais pas de carrière musicale autrement. Tout a changé rapidement et j'ai dû mûrir terriblement vite pour que [Beirut] fonctionne...
Q Es-tu en paix avec ça?
R Absolument. C'est un bon défi. Je trouve ça très gratifiant, même s'il y a des moments de déprime ou de panique associés à ça.
Q Beirut est lié de près aux voyages et à la rencontre avec les autres cultures. C'est à travers ces métissages que tu progresses?
R C'est la partie de mon travail qui attire le plus d'attention et c'est assurément vrai. J'ai grandi dans une petite ville et j'ai toujours senti que j'avais des lacunes sur le plan culturel. Ce que je veux faire, c'est passer ma sensibilité, ma vision de la musique populaire à travers ces différents filtres culturels.
Q Trouves-tu encore le temps de voyager pour enrichir ta démarche?
R Les premières années de tournée étaient trop intenses et bouffaient tout mon temps, mais j'ai pris le dessus. J'ai passé un mois au Maroc, l'an dernier. Mais parfois, l'inspiration arrive à la maison. Prêter l'oreille à un CD peut être aussi déterminant que de voyager autour du monde : mon premier album était entièrement dans ma tête.
Vous voulez y aller?
QUI : Beirut
OÙ : Impérial
QUAND : ce soir, 21h25
ACCÈS : laissez-passer et bracelet gris
INFO : www.infofestival.com













