Cela fait une bonne cinquantaine d'années que les principes actifs des vaccins sont cultivés dans des oeufs de poules fertilisés car les virus ont besoin de cellules vivantes pour se reproduire. L'an dernier, près de 830 000 poules pondeuses fournissaient la matière première pour tous les vaccins fabriqués au Canada, dont 562 000 au Québec seulement.
Habituellement, six mois - et 360 000 oeufs par jour! - suffisent pour constituer les réserves de vaccins contre la grippe. Pendant le reste de l'année, 165 000 oeufs fécondés demeurent disponibles, comme le veut le plan pandémique concocté par le fédéral en collaboration avec les provinces et la pharmaceutique GlaxoSmithKline (GSK). S'ils ne sont pas utilisés, les cocos vont au décoquillage et servent à la fabrication de plats transformés.
Mais cette année, pandémie de grippe oblige, la production d'oeufs destinés aux vaccins n'a pas ralenti. Et ce sera comme ça jusqu'à la prochaine ronde de fabrication des doses régulières contre la grippe. «On étire le cycle de ponte», confirme Paulin Bouchard, vice-président de la Fédération des producteurs d'oeufs de consommation du Québec, organisme chargé de l'administration des quotas «pandémiques» pour tout le pays. Celui-ci appréhende tout de même un «trou de production» à la fin de l'année.
Les producteurs d'oeufs profitent normalement des six mois plus tranquilles de l'année pour rebâtir leurs troupeaux de pondeuses et de coqs, qui doivent être dans la fleur de l'âge pour livrer la marchandise dans les quantités souhaitées et avec la qualité requise. Ce renouvellement des générations est compliqué par le maintien de tous les volatiles en production. «On pourrait manquer de poules et de coqs», résume M. Bouchard.
Des solutions
Un comité technique tente de trouver des solutions. Déjà , des couvoirs ont convenu d'augmenter leur production afin de fournir davantage de poulettes et de coqs prêts pour la dure besogne. Faute de mâles en nombre suffisant, l'insémination artificielle est mêÂme envisagée! Des troupeaux de pondeuses commerciales, dont les oeufs stériles sont habituellement destinés au marché de détail, pourraient également être détournés vers des pondoirs afin de répondre à la demande. Si cette option est retenue, la disponibilité d'oeufs de consommation courante diminuera d'autant puisÂqu'un système de quotas régit l'industrie de façon très stricte d'un bout à l'autre du pays. «Tout changement dans la production doit être planifié longtemps à l'avance», souligne M. Bouchard.
Bien sûr, des oeufs en provenance des États-Unis pourraient venir combler la demande des consommateurs, comme cela se fait déjà à l'occasion. Mais nos voisins aussi participent à la course au vaccin contre la grippe A (H1N1). Les réserves d'oeufs pourraient donc être affectées. D'où l'éventualité d'une hausse du prix de la douzaine d'oeufs, que M. Bouchard ne peut s'empêcher d'évoquer, bien qu'il tente de l'éviter.
Contexte difficile
Toutes ces entourloupettes logistiques s'inscrivent dans un contexte scientifique difficile. Les premières expérimentations sur le virus de la grippe A (H1N1) révèlent que la souche est plus difficile à répliquer dans les oeufs que la grippe saisonnière des dernières années. Il est donc possible qu'un nombre supplémentaire d'oeufs soit requis pour produire le même nombre de doses.
Chez GSK, la porte-parole québécoise Marie-Christine Beauchemin confirme les caprices de la souche, que tous les fabricants de vaccins tentent de contourner. «Mais on va de l'avant avec le développement et on n'entrevoit pas de problèmes pour livrer» les doses commandées par le gouvernement du Canada. Selon elle, il est trop tôt pour dire si les oeufs fécondés pourraient manquer en fin d'année.














