Yves Bolduc plaide plus que jamais pour la vaccination

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Grippe A (H1N1)

[ Santé ]

Grippe A (H1N1)

Toute l'actualité sur la grippe A (H1N1), de même que ses impacts, tant dans la capitale et l'Est du Québec qu'ailleurs au pays et dans le monde. »

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Le ministre de la Santé du Québec, Yves... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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Le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, admet que la pandémie est «un grand défi» de santé publique, mais aussi de communication.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Valérie Gaudreau
Le Soleil

(Québec) Au moment où commence la plus grande campagne de vaccination de l'histoire du Québec, le virus de la grippe A (H1N1) frappe à nos portes, dans une deuxième vague qui arrive plus tôt que prévu. Le vaccin est là, mais son utilité et les modalités de la vaccination soulèvent encore questions et scepticisme. Aux premières loges de cette crise, le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, admet que la pandémie est «un grand défi» de santé publique, mais aussi de communication. Mais le Québec est prêt, assure-t-il. Le Soleil a rencontré le ministre qui répond aux critiques, plaide plus que jamais pour la vaccination et se fait philosophe devant le mouvement antivaccin avec lequel il faut bien apprendre à vivre.

Q  Vous êtes le ministre en poste au moment où frappe une pandémie de grippe et s'amorce la plus grande campagne de vaccination de l'histoire du Québec. Avez-vous un certain vertige?

Non, parce que cette campagne est l'aboutissement de préparation de plusieurs années. Le SRAS a fait augmenter beaucoup la sécurité dans le réseau de la santé. Il faut également voir qu'une pandémie comme là, c'est tout le gouvernement qui s'implique, avec la sécurité civile, l'éducation, même si c'est certain que le ministère de la Santé est un joueur majeur. Aussi, tous les établissements de santé, toutes les villes ont un plan de pandémie. Cela dit, oui, c'est un grand défi. Mais on ne se sent pas hors contrôle. On sent vraiment qu'on est en contrôle de la situation. Il va y avoir des impondérables. Sur 7,8 millions d'habitants, on ne peut pas tout contrôler, mais on a une réponse à tout. Si ce sont des choses moindrement urgentes, on a des plans pour répondre. On ne se prépare jamais assez, donc la première chose est de faire plus de préparation que nécessaire. On essaye de prévoir le plus possible, mais aussi se donner de la flexibilité et savoir s'adapter.

Q  Malgré tous vos efforts pour prôner la vaccination, les doutes persistent. Cette semaine, un sondage indique que seulement 41 % des Québécois ont l'intention de se faire vacciner. Le message ne semble pas passer.

Quand il y a un dossier important comme ça, il y a toujours des opposants. Il y a des opposants à la vaccination dont certains qui vont dire des choses absurdes comme dire que ce sont des intérêts privés qui ont envoyé le H1N1 dans la population. Sur Internet, on trouve tout et on ne peut pas dire aux gens de ne pas écrire. C'est une minorité, un groupuscule pour qui c'est de l'idéologie. Ils arrivent à semer le doute et à transmettre leur message. Mais on a des études rigoureuses, scientifiques, qui démontrent que la vaccination a beaucoup plus d'avantages que de prendre la chance d'attraper la grippe. Les courants de pensée pluralistes font partie de la démocratie, mais pour moi, la vérité finit toujours par triompher. Notre rôle est de donner la bonne information. Actuellement, ce qui est intéressant est que le Collège des médecins, l'Ordre des infirmières et les fédérations de médecins recommandent la vaccination.

Q  Pensez-vous que l'opinion des gens va changer?

R  Plus on s'approche de l'événement, plus les gens sont appelés à prendre une décision d'un côté ou de l'autre. Généralement, quand tu es loin de la décision, tu hésites. C'est comme acheter une auto et attendre au moment de la commande pour choisir la couleur. En gros, 40 % des gens vont se faire vacciner d'emblée. Il y a aussi un 40 % qui hésite, mais dans ce 40 %, la moitié se feront vacciner. À la fin, il reste un 20 % qu'il faut travailler fort à convaincre. Mais il y a aussi un 10 % d'irréductibles. Ceux-là, tu ferais n'importe quoi, tu n'arriverais jamais à les convaincre. Donc quand les gens me disent qu'il y a juste 40 % qui veulent se faire vacciner, je suis bien d'accord. Mais on ne finira pas à 40 %, on va finir à 65, 70 %. Et ça, c'est si c'est une épidémie assez bien contrôlée. Si c'est une épidémie très sévère, on va monter à 85 %.

La virulence du virus va inciter les gens?

Oui. Quand on est loin, les décès ne sont pas réels. Mais on a une jeune fille de 26 ans qui est décédée en Colombie-Britannique, une autre de 11 ans. Au Québec, on va en avoir, des décès de jeunes. Quand les gens vont apprendre qu'il y a des décès, ils vont voir que c'est un risque réel. Ce qui incite les gens aussi, c'est de dire de se faire vacciner pas seulement pour se protéger eux, mais pour protéger les autres.

Q  Pourquoi quelqu'un qui ne se fait pas vacciner contre la grippe saisonnière le ferait contre le H1N1?

R  Le H1N1 est une infection plus sévère qui atteint des groupes que la grippe saisonnière n'attaque pas, comme les jeunes enfants, les jeunes adultes et les femmes enceintes. Habituellement, les sou­ches saisonnières ont généralement déjà circulé, mais là, comme on pense que la souche H1N1 date de plus de 50 ans, ça veut dire qu'une grande partie de la population n'est pas immunisée. Donc non seulement ils sont plus malades, mais ils deviennent contagieux plus facilement. Les gens sous-estiment le risque. C'est certain que ce n'est pas tout le monde qui va en mourir, mais les gens jouent à la roulette russe. Dans notre scénario catastrophe, qu'on ne souhaite pas, on se prépare pour 30 à 35 % de la population malade et aller jusqu'à 7000 à 8000 décès au Québec. L'objectif est de faire en sorte que cette grippe ait le moins d'impact et le meilleur moyen d'y arriver est la vaccination. Amir Khadir le disait : une des plus grandes avancées de la médecine moderne a été la vaccination. On a vaincu la rougeole, la rubéole, la poliomyélite.

Q  Le Québec risque-t-il de vivre une pénurie de vaccins comme aux États-Unis?

R  La difficulté est que la fabrication du vaccin va se faire sur plusieurs semaines. On va les recevoir de façon progressive, mais on en a commandé assez pour toute la population. La seule affaire est qu'il faut une bonne coordination des services pour s'assurer de vacciner les clientèles prioritaires. C'est certain qu'on ne peut pas vacciner toute une population dans une seule journée.

Q  Pourquoi avoir choisi de vacciner les gens dans de grands centres?

R  C'est la solution qui permet de vacciner le plus de monde dans le minimum de temps. Si on commence à aller le donner dans chacun des endroits, ça va être compliqué. C'est aussi la meilleure façon pour utiliser les doses de façon optimale au fur et à mesure qu'elles arrivent. On veut aussi rendre les sites assez accessibles aux gens et qu'il y ait un temps d'attente raisonnable lorsqu'ils iront se faire donner le vaccin. Mais on ne veut pas fonctionner avec des rendez-vous. C'est une logistique qui n'aurait pas eu de bon sens à mettre en place. Il est possible que des gens attendent un peu, mais il faut qu'ils soient compréhensifs. Il y a une responsabilité du citoyen de collaborer pour que le système fonctionne bien. On est en situation de crise, c'est normal que chacun accepte également d'être responsable. Mon objectif final, c'est que la vaccination soit accessible. En cours de route, il y aura des gens pas contents. C'est pas vrai que ça va être parfait et que tout le monde sera satisfait. L'objectif est d'avoir un système assez bien organisé pour que chaque citoyen puisse recevoir son vaccin.

Q  Avez-vous peur que les gens se présentent tous en même temps dans les centres de vaccination?

R  Le secret est de faire beaucoup de communications. L'autre chose est que les gens voudraient tout savoir un an d'avance; ça ne se fait pas comme ça. On va donner l'information au fur et à mesure, selon les besoins de la population.

Q  Le vaccin arrive-t-il tard?

R  L'idéal aurait été de vacciner avant, sauf que le vaccin n'était pas disponible. Il a dû être inventé. Mais tout a été très rapide : au mois d'avril, le H1N1, c'était nouveau. Là, c'est sûr que c'est une course contre la montre parce qu'on voit que le H1N1 est en train d'apparaître actuellement. La solution est de vacciner les personnes par ordre de priorité le plus rapidement possible. Aussi, s'il y a des cas, il va falloir qu'on s'en occupe. Tout le système qu'on a mis en place pour les soins intensifs, les urgences, la mobilisation du personnel, tout ça a été prévu. On a aussi une banque d'infirmières retraitées qui pourraient revenir travailler si on en avait besoin. On se prépare pour le pire, mais on espère le mieux.

Q  On voit les cas se multiplier dans les écoles. Est-ce que vous pourriez revenir sur votre décision de ne pas fermer les écoles?

R  La direction de la santé publique surveille cela et des décisions pourraient être prises. Si un endroit a une plus grande augmentation de cas, il pourrait devenir prioritaire à vacciner. On l'a vu à Trois-Pistoles et on a devancé la vaccination. C'est du cas par cas, mais on exerce une surveillance très serrée.

Q  Une personne qui a eu la grippe A (H1N1) au printemps doit-elle recevoir le vaccin?

R  La personne qui a un diagnostic prouvé n'a pas besoin de la vaccination. Il n'y a jamais de 100 %, mais son immunisation est alors équivalente à celle du vaccin.

Q  Est-ce qu'il y a assez de vaccins sans adjuvant pour toutes les femmes enceintes du Québec?

R  On aura 1,2 million de vaccins non adjuvantés et on ne peut pas avoir plus de 85 000 femmes enceintes en même temps parce que c'est le nombre de naissances par an au Québec. Déjà, la semaine prochaine, le Québec recevra 23 % des 200 000 doses achetées à l'Australie, ce qui fait déjà 46 000.

 

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