Q Est-ce que vous avez crié au loup à tort?
R Peut-être que les gens pensent que «pandémie» veut dire que tout le monde est atteint et que les morts se retrouvent dans la rue. Il faut bien expliquer que ça, ce n'est pas une pandémie. Une pandémie, c'est quand un virus atteint beaucoup de personnes dans plusieurs régions et plusieurs pays en même temps. Le virus A (H1N1) est nouveau, personne n'a les anticorps pour le battre. C'est pour cela qu'on y porte beaucoup d'attention pour savoir ce qu'on peut faire pour se défendre. Aussi, les virus de la grippe sont instables. Il faut donc le suivre de très près pour être sûr qu'il ne devient pas plus mortel.
Q Il demeure que le virus semble se déployer plus tardivement et avec moins de virulence que ce qui était annoncé?
R On n'avait jamais annoncé que tout le monde allait mourir et que c'était la fin du monde.
Depuis le début, on dit que c'est un nouveau virus que nous allons suivre de près. Dans l'histoire, quand il y a eu auparavant des virus comme ça, il y a eu beaucoup de problèmes dans le monde. Il fallait donc que les hôpitaux, les docteurs, les gouvernements se préparent pour se protéger.
Q Le Québec, le Canada semblent peu touchés. Y a-t-il des régions dans le monde aux prises avec ce virus de façon vraiment importante?
R Depuis le début, on a répété le message que ce ne sont pas les pays nantis en hôpitaux et en argent qui seront les plus atteints. Ce sont les pays plus pauvres qui ont des carences dans le secteur de la santé. C'est ce qu'on a vu en Ukraine. Les gens rendus à l'hôpital étaient très, très malades. Et on a eu beaucoup de cas, tout d'un coup. Alors, c'était très difficile pour les hôpitaux. En Afghanistan aussi, on commence à avoir plus de cas. On s'attend à ce que ce soit plus fort en Afrique également quand leur saison de grippe débutera. Jusqu'à maintenant, 206 pays et territoires ont déclaré des cas de grippe A (H1N1) à l'OMS.
Q Malgré cette progression, est-ce que la grippe saisonnière habituelle n'est pas nettement plus mortelle?
R La grippe saisonnière atteint plus fortement les gens plus âgés. La A (H1N1) a fait des morts parmi les jeunes; ce n'est pas quelque chose qu'on s'attend à voir. Il faut, en outre, noter que les chiffres de décès pour la A (H1N1), ce sont les cas confirmés en laboratoire - on est certain qu'il y en a beaucoup plus parce que ce ne sont pas tous les hôpitaux qui ont le temps de compter les morts et de confirmer par des tests de laboratoire. Tandis que les chiffres pour la grippe saisonnière, ce sont des estimations. Donc, c'est un peu difficile de comparer les deux.
Q Quand même, la grippe saisonnière faucherait jusqu'à 750 000 têtes par année, tandis que la A (H1N1) apparaît peu vorace...
R C'est, premièrement, parce qu'on n'a pas fini la saison. Deuxièmement, les chiffres de morts pour la A (H1N1) sont vraiment ceux qui sont confirmés à 100 %. Troisièmement, l'important, ce n'est pas de dire laquelle est plus mortelle que l'autre, c'est de voir quelle est la maladie qu'on voit cette année et ce qu'on peut faire afin de sauvegarder sa santé : le vaccin, se laver les mains, rester chez nous si on est malade...
Q Sachant que le virus n'est pas trop virulent, vous ne pensez pas que les efforts colossaux investis, les deniers publics injectés, sont excessifs?
R Non. Nous demandons même à d'autres pays de poursuivre, de ne pas penser que parce qu'ils n'ont pas été atteints, ça ne viendra pas chez eux. Quand le virus arrive, comme en Ukraine, les gens sont très surpris de la virulence. Voilà pourquoi on continue de demander de préparer les hôpitaux et les médecins. En même temps, nous encourageons les gens qui ont accès au vaccin à se faire vacciner. Dans plusieurs pays, les gens n'ont pas ce choix. Dans le tiers-monde, ils ne recevront pas le vaccin.
Q Donc, si le virus débarque dans les pays en développement, la contamination sera beaucoup plus importante?
R On ne peut pas savoir à l'avance. L'OMS a amassé des dons de plusieurs pays et de manufacturiers de vaccins pour pouvoir vacciner 2 % de la population de 100 pays qui ont besoin de notre aide. Donc, au moins, on espère que les travailleurs de la santé pourront y être vaccinés.











