Un rare moment d'accalmie pendant lequel trois «guerriers de la vaccination» ont partagé leur quotidien après trois semaines intensives de cette campagne massive, la plus importante de l'histoire du Québec. Et qui se poursuit pour un mois encore.
Parmi eux, Caroline Boivin admet que l'annonce d'une vaccination de masse a bouleversé sa routine d'infirmière scolaire.
«J'ai su 15 jours avant le début de la campagne que j'étais réquisitionnée. Mon horaire a changé, et j'allais travailler de 12h à 20h», explique cette mère de deux jeunes enfants. «C'était difficile au début, mais heureusement, j'ai un bon conjoint!»
À ses collègues et élèves des écoles de Limoilou et de la basse ville où elle travaille généralement, elle a souhaité un joyeux Noël dès le mois d'octobre. «On est ici jusqu'au 22 décembre. Au moins, j'ai la chance de passer les voir de temps en temps.»
Quant au travail lui-même, il a aussi demandé de l'adaptation pour celle qui vaccine au minimum 150 personnes par jour. «En tant qu'infirmière scolaire, je suis habituée de vacciner, mais des plus grands. Pour les petits bébés, c'était un certain stress, mais on s'est ajustés par la suite, on s'entraide beaucoup.»
Les bébés. Parlons-en. Clientèle prioritaire, ils ont été parmi les premiers à recevoir le fameux vaccin. Et ils se sont chargés de souligner le tout à grands coups de décibels. «La première semaine avec les bébés, c'était infernal!» lance dans un éclat de rire Jacques Pelletier, infirmier scolaire dans les secteurs de Saint-Augustin et de Cap-Rouge, lui aussi «conscrit» pour les sept semaines de vaccination. Pendant les jours réservés aux tout-petits, certains se couchaient le soir avec les oreilles qui bourdonnaient et d'autres en ont presque développé des acouphènes, ajoute une de ses collègues.
Un contexte particulier, donc. Mais ces professionnels de la santé en ont vu d'autres, assure M. Pelletier, qui avait participé à la vaccination massive des jeunes contre la méningite en 2001. «Les infirmières sont des gens avec une grande capacité d'adaptation. On est capables de se revirer. On se dit qu'on fonce et on y va!» lance celui qui, lors du passage du Soleil, s'occupait d'évaluer les gens.
Tous dans le même bateau
Et l'adaptation, elle se vit aussi chez les autres employés du réseau. C'est le cas de Micheline Cloutier. Cadre aux ressources humaines au CSSS de la Vieille-Capitale, elle passe maintenant la campagne à inscrire les gens, à distribuer des coupons, à faire la circulation et à répondre à mille questions. «Ce que j'aime, c'est qu'il n'y a aucune hiérarchie, dit-elle. Tout le monde est égal et tout le monde veut aider.»
Jeudi, Micheline Cloutier était sur la ligne de front. Dossard orné d'un bonhomme sourire sur le dos, elle était en charge de sélectionner les gens admissibles. Et de retourner ceux qui ne le sont pas. «C'est parfois cruel», dit-elle. Elle se rappelle d'un homme qui est venu un matin où la vaccination était offerte aux malades chroniques de 24 ans et moins seulement. Sceptique, il est retourné chez lui, pour revenir... le jour même. La santé publique venait «d'ouvrir» la vaccination aux malades plus vieux. «Les messages étaient complexes. Un matin, ils décidaient de changer les critères», dit Mme Cloutier selon qui ces changements incessants et les différences entre les régions n'ont pas facilité la tâche sur le terrain. «Les gens écoutaient la télé et ils avaient trois infos différentes à trois postes différents. Il faut donc expliquer, prendre le temps.»
Mais en général, explique le trio, tout finit par bien se passer. «Je n'ai pas vu de grosses crises», indique Mme Cloutier.
Jacques Pelletier se rappelle pour sa part d'une mère devenue agressive après avoir été refusée. «Je lui ai expliqué, elle a compris.»
À l'inverse, il y a ceux qui ont une petite pensée pour les vaccinatrices en série. Une bouffée de reconnaissance entre deux aiguilles. «Des gens qui nous disent : ?Merci d'être là?», relate Caroline Boivin, touchée par le commentaire.
La vaccination, aventure humaine? Oui. Et une aventure un peu beaucoup sociale et professionnelle, aussi. «On a du fun, on connaît des gens, on revoit des collègues des autres secteurs, poursuit Mme Boivin. Ça permet de mettre des visages sur les noms que, d'habitude, on voit seulement dans les listes de courriels.»












