«On se préparait à un virus majeur comme le H5N1, qui tue 60 % des gens qu'il touche», a lancé d'entrée de jeu le directeur national de santé publique, Alain Poirier. Une équipe d'experts de tous les horizons avait été mobilisé plusieurs mois avant le début de la vaccination afin de préparer le plan de pandémie, en n'excluant aucun scénario. Dans une optique de santé publique, ce n'est pas être alarmiste que de prévoir le pire. «Le défi était d'établir une cohérence dans les actions à prendre au milieu d'une foule de recommandations», a poursuivi M. Poirier.
Si on ne s'est pas gêné pour critiquer une certaine désorganisation dans la campagne de vaccination, surtout à ses débuts, Karl Weiss, professeur au Département de microbiologie et immunologie de l'Université de Montréal, assure que les critiques auraient été beaucoup plus sévères si les pouvoirs publics étaient restés les bras croisés devant ce virus qui s'attaque avec force à des personnes jeunes et en bonne santé. «Si on n'avait pas été bien préparé, probablement que les dégâts auraient été plus considérables. Beaucoup plus de gens aux soins intensifs seraient morts.»
M. Weiss souligne que cette quatrième génération du virus H1N1 a posé de nouveaux défis à la santé publique au sens où cette nouvelle pandémie fut la première à se dérouler à l'ère d'Internet et de la biologie moléculaire. «Parfois aujourd'hui, on peut échanger trop d'informations, trop rapidement pour avoir un certain recul.»
Mais le Web a surtout facilité la diffusion des théories du complot impliquant l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les compagnies pharmaceutiques et les pouvoirs publics.
Or, l'OMS n'a jamais dit que le virus était aussi virulent que celui de la grippe espagnole de 1918. Ce sont davantage la pléthore d'informations pseudo-scientifiques circulant sur Internet qui ont semé la confusion dans l'esprit des gens, croit M. Weiss. «Les gens associent parfois pandémie à scénario catastrophe. Avec Internet, il est très facile de semer le doute et de désinformer les gens au lieu de les informer.»
Raymond Massé, professeur au Département d'anthropologie de l'Université Laval, a pour sa part rejeté du revers de la main les critiques voulant que le gouvernement mette une pression indue sur les gens pour qu'ils se fassent vacciner, allant jusqu'à brimer la liberté individuelle. «Le gouvernement ne force pas les gens à se faire vacciner. La vaccination n'est pas qu'un choix individuel. C'est une fausse liberté. Le fait de ne pas se faire vacciner peut être dangereux pour les autres.»
L'anthropologue spécialisé en santé a fait valoir qu'alors que dans les pays riches on débat encore sur la nécessité du vaccin, près de 80 % des humains qui peuplent la terre n'ont pas ce luxe car il leur est de toute manière inaccessible. Douloureux rappel que les clivages essentiels ont encore trop souvent tendance à être évacués au profit d'autres.











