«Mon travail, c'est ma deuxième famille»

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Intégration réussie

[ Société ]

Intégration réussie

La grande région de Québec multiplie les efforts pour attirer des immigrants. Certains sont arrivés depuis peu, d'autres depuis plusieurs années déjà. Dans une série d'articles, Le Soleil présente des portraits d'immigrants qui ont choisi la région, ont réussi leur intégration et occupent maintenant leur place dans la communauté. »

«Mon travail, c\'est ma deuxième famille»

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Maria Doris Perez et son mari Manuel Alberto Sanabria profitent de leur nouvelle vie à Québec après avoir fui la guerre dans leur pays d'origine.

Le Soleil, Steve Deschênes

Anne Drolet
Le Soleil

(Québec) Menacé de mort par les grou­pes paramilitaires, le frère de Manuel Alberto Sanabria a dû demander asile au Canada pour lui, mais aussi pour toute sa famille par crainte de représail­les. Arrachés à leur pays d'origine, ces Colombiens s'enracinent tranquillement dans leur nouvelle vie, à Québec.

Au total, ce sont 17 membres de la famille qui ont immigré au Canada, précise M. Sanabria, sa femme Maria Doris Perez à ses côtés. Au début des années 2000, le frère de M. Sanabria, un syndicaliste, craignait pour sa vie alors que les guérillas d'extrême gauche et les groupes paramilitaires d'extrême droite (tolérés, voire mis sur pied par le gouvernement selon certaines sour­ces), s'entre-tuaient et attaquaient des civils.

S'il avait quitté seul le pays, les paramilitaires auraient pu s'en prendre à ses frères et ses soeurs, à sa mère. Il fallait donc demander asile pour tous, mais dans le plus grand secret, pour que personne d'autre ne sache qu'ils allaient partir, relate M. Sanabria. Ils auraient aimé rester en Colombie, mais ce n'était plus possible. Ils sont arrivés en octobre 2003. Environ un an plus tard, c'était au tour de la famille de Mme Perez de fuir la guerre pour s'installer à Québec. Les premiers mois dans la capitale ont été pénibles pour Mme Perez, qui est tombée malade : la grippe, la varicelle, et encore la grippe.

Bénévolat

En bonne santé, M. Sanabria en a profité pour faire du bénévolat, notamment au Carnaval. Il raconte qu'on l'avait assigné au Palais de Bonhomme, mais qu'il ne parlait pratiquement pas français. «Je ne faisais que dire ?Ne touche pas? à ceux qui voulaient voir le château d'un peu trop près», dit-il en riant.

Il continue d'y donner un coup de pouce chaque année. Le couple a ensuite entamé un cours de francisation, puis s'est inscrit à un programme d'insertion socioprofessionnelle.

En plus d'avoir des cours en français sur la géographie et l'histoire du Québec, les deux immigrants ont reçu des conseils de recherche d'emploi. Après de nom­breuses recherches et plusieurs entrevues, ils ont réussi à décrocher un stage, obligatoire avec ce programme.

Massothérapeute en Colombie, Mme Perez a commencé à travailler chez Izba Spa comme aide-massothérapeute. M. Sanabria, lui, qui était serveur, mais aussi cuisinier à l'occasion, assistait le cuisinier de la résidence pour personnes âgées La Roseraie. Mais comme leur formation n'est pas reconnue ici, les deux ont dû prendre des cours pour obtenir leurs diplômes. «On a été vrai­ment chanceux», fait valoir Mme Perez. Ils ont été embauchés après le stage, et leurs employeurs ont accepté de faire leurs horaires de travail en tenant compte de leurs heures de cours, précise-t-elle. Mais il n'en demeure pas moins que les semaines étaient des plus chargées. M. Sanabria partait de la maison pour aller à l'école à 7h30, puis filait vers le travail tout de suite après les cours et travaillait jusqu'à 19h. Les fins de semaine, il enfilait son tablier de 9h à 19h.

M. Sanabria et Mme Perez travaillent encore tous les deux au sein de ces mêmes entreprises.

«Mon travail, c'est ma deuxiè­me famille. Je ne me sens pas comme une employée», confie-t-elle. Ils ont une maison depuis bientôt deux ans, qu'ils partagent avec les parents de Mme Perez et un de ses frères avec sa femme. Une question de tradition, expliquent-ils. Et leurs familles continuent de s'agrandir. Des neveux et niè­ces naissent maintenant en sol québécois.

«La famille commence à grandir pour nous à Québec», dit avec fierté Mme Perez. Ils prennent racine et il n'est plus question de repartir... sauf pour des vacances!

Mon coup de coeur

«La tranquilité, la sécurité», lance Maria Doris Perez. En Colombie, la peur était omniprésente, raconte-t-elle. Celle d'être une victime de la guerre, mais aussi la crainte d'être la cible de voleurs. «Quand on sortait au magasin, on se demandait : ?Est-ce que je vais me faire voler mon sac à main, mes bijoux? La qualité de vie qu'on a trouvée ici, c'est vraiment bien.»

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