«C'est une main-d'oeuvre qui est très intéressante, mais si tu veux que ça réussisse, eux ont de la bonne volonté, mais il faut que comme employeur on investisse, qu'on participe, qu'on fasse aussi nos efforts si on veut les aider correctement et là, ça peut être gagnant-gagnant», constate Édith Larouche, vice-présidente, opérations internes, ressources humaines et qualité chez CGI. Depuis trois ans, la rareté de la main-d'oeuvre a poussé le fournisseur de services en technologies de l'information (TI) à embaucher massivement des immigrants. Ces derniers sont non seulement très scolarisés, mais ont souvent de l'expérience. Ils représentent environ 20 % des 1150 employés de CGI dans la capitale et constituent 40 % des embauches de la dernière année.
Pour refléter cette nouvelle tendance, l'entreprise a entre autres donné une formation à son équipe de recruteurs pour éviter un biais dans le choix des candidats en plus d'y intégrer une immigrante. Chaque nouvel arrivant est parrainé par un collègue québécois. Même les gestionnaires ont été formés pour apprendre à gérer des équipes multiculturelles. Un comité interculturel a aussi été mis sur pied, des cours de français sont donnés en entreprise. «Je pense qu'il ne faut pas penser que comme employeur ça se fait tout seul. Mais ça vaut le coup», croit-elle. D'ailleurs, les nouveaux arrivants sont très fidèles à l'entreprise, remarque-t-elle, puisqu'ils y trouvent aussi un réseau social.
L'intégration des immigrants est au sein même de la philosophie de Momentum Technologies depuis sa création, en 2003. Actuellement, 44 % de la main-d'oeuvre de cette firme de TI est d'origine étrangère (une vingtaine de nationalités). Les expériences diverses des employés permettent d'innover, dans un secteur en constante évolution, fait valoir Sandie Pecqueur, conseillère en gestion des ressources humaines. L'entreprise a aussi instauré différentes mesures pour faciliter l'intégration des immigrants.
Des gens hors de l'ordinaire, des femmes qui sont de «grandes leaders», Bruno Pierre Harvey, de BPH Environnement, ne tarit pas d'éloges lorsqu'il parle des immigrants qu'il a embauchés au fil du temps. Il admet par contre que le manque de connaissances sur l'organisation de la société québécoise (organismes, ministères, vie politique) devient un handicap pour certaines tâches. La maîtrise du français peut aussi empêcher les nouveaux arrivants d'occuper les mêmes postes que dans leur pays, précise Mme Larouche.
Quelques réticences
Mais même si l'entreprise est ouverte d'esprit, encore faut-il que ses clients le soient aussi. M. Harvey raconte que l'un d'eux avait besoin d'une chargée de projets sur un chantier de construction. «J'espère que ça ne sera pas une femme», lui avait demandé le client. Et M. Harvey de répondre que ce serait une femme, oui, et qu'elle serait noire. «Il y a eu un silence au téléphone», se rappelle-t-il. M. Harvey a insisté, l'a rassuré en lui disant qu'elle était très compétente et qu'il n'avait qu'à lui lâcher un coup de fil si quelque chose n'allait pas.
L'homme a fini par accepter et n'a pas été déçu, relate-t-il, mais il a fallu qu'il impose sa décision.
Certains clients sont encore réticents à travailler avec des consultants immigrants, confirment Mmes Pecqueur et Larouche, bien qu'elles notent une évolution.
Et les fameux accommodements? Tous les trois disent avoir eu peu de demandes particulières et expliquent que la flexibilité des horaires dans leurs domaines permet, par exemple, à un employé d'aller à la mosquée le midi s'il le souhaite. Il reprend le temps plus tard, simplement.
Avec la crise économique, M. Harvey voit passer plus de CV de candidats d'expérience québécois. Est-ce qu'une recrudescence de la main-d'oeuvre d'ici pourrait nuire à l'emploi des immigrants? lance-t-il. À compétences égales, qui embauche-t-on? poursuit-il. Le constat est unanime : comme on le fait entre deux candidats d'ici, on choisit au mérite.












