Malgré l'heure matinale, la nouvelle a aussitôt suscité une vague de témoignages. Les L'Allier, Lamontagne, Labeaume, Chrétien et autres ont salué celui qui a dirigé les destinées de la Ville durant 12 années..
Né le 21 février 1935, cet ancien politicien et journaliste originaire de Chicoutimi s'est éteint à la maison de soins palliatifs du chemin Saint-Louis, à l'âge de 73 ans. Il laisse dans le deuil sa femme, Hélène Bhérer-Pelletier, ses deux enfants, Jean et Marie, et ses petits-enfants.
Pour sa famille et ses amis, la triste nouvelle n'est cependant pas une surprise. M. Pelletier avait en effet appris il y a deux ans qu'il était atteint d'un cancer du côlon, maladie devenue incurable en avril dernier.
L'ancien chef de cabinet de Jean Chrétien n'a jamais caché le sérieux du mal qui le rongeait à ceux qui lui en parlaient, mais s'est comporté presque jusqu'en décembre dernier comme s'il en faisait fi. Pleinement conscient des effets de sa maladie, il n'a pas hésité à prendre part à différentes activités publiques au cours des derniers mois et jusqu'à la mi-décembre, exposant ainsi sans fausse pudeur son physique amaigri aux lentilles des photographes.
Le cancer avait cependant gagné du terrain ces derniers temps et, au cours des derniers jours de sa vie, des métastases aux poumons avaient rendu sa respiration difficile.
Même s'il a été une figure politique contestée, Jean Pelletier laisse une empreinte importante dans l'histoire, tant dans le paysage de la ville de Québec que dans les annales de la capitale fédérale. Il a été pendant 11 ans le chef de cabinet ? un poste névralgique ? de l'ex-premier ministre Jean Chrétien, avec qui il a entretenu une amitié solide, forgée au départ sur les bancs du Séminaire de Trois-Rivières. Il a aussi été un grand ami de l'ex-maire Gilles Lamontagne, dont il fut le dauphin à la tête du Progrès civique.
Héritage
Premier citoyen de Québec de 1977 à 1989, il laisse notamment en héritage de ce passage à l'hôtel de ville de la rue des Jardins dans le Vieux-Québec la construction d'un large réseau de bibliothèques dans les différents quartiers de la ville, dont le fleuron fut la bibliothèque centrale Gabrielle-Roy audacieusement installée au coeur du quartier Saint-Roch, en bien piteux état à l'époque.
Ses croisades en faveur d'une revitalisation musclée de ce quartier central ont aussi permis l'implantation à leur emplacement actuel du palais de justice de Québec, d'un édifice de la Société de l'assurance automobile du Québec, du Musée de la civilisation et du Marché du Vieux-Port.
Les citoyens de Québec lui sont également redevables du retour des trains au centre-ville, à la gare du Palais, et de la création du Parc technologique, qui a permis d'établir un nouvel et important pôle d'emplois de haut niveau à Québec.
L'actuel drapeau de la ville et l'inclusion du Vieux-Québec au patrimoine mondial de l'UNESCO apparaissent également au bilan de ses réalisations.
L'homme politique a eu des règnes mouvementés tant à Québec qu'à Ottawa, ne laissant personne indifférent dans ses différents rôles. Leader à la poigne d'acier, son attitude souvent cassante et son style directif ont été à l'origine de plusieurs frictions avec la presse.
Parmi les faits d'armes qui lui avaient valu de faire la manchette, il y a eu celui d'avoir fait arrêter par la police la recherchiste de l'opposition à l'hôtel de ville parce qu'il estimait qu'elle ne pouvait se trouver seule dans les locaux de la ville. Il a également tenté, alors qu'il était maire, d'expulser lui-même, manu militari, le conseiller Pierre Mainguy d'une conférence de presse à laquelle il ne l'avait pas invité.
Son apport à la Ville de Québec et à la société a par ailleurs été très largement souligné. Déjà officier de l'Ordre du Canada et de l'Ordre du Québec, il est aussi commandeur de la Légion d'honneur de la France. Il a reçu enfin, en 2008, la Médaille de la Ville de Québec.
L'un des épisodes les plus pénibles de sa vie d'homme public aura été toute la saga du scandale des commandites. Blâmé par le juge John Gomery pour sa responsabilité dans la gestion laxiste du programme de visibilité, il a ensuite été blanchi avec M. Chrétien par la Cour fédérale du Canada. Mais ce jugement a été porté en appel, et M. Pelletier a récemment déploré qu'avant la décision finale, «je serai probablement au cimetière».
Son passage à titre de président de VIA Rail a été assombri par des commentaires concernant l'ex-championne olympique Myriam Bédard. Des propos qui ont mené à son congédiement et à une saga judiciaire coûteuse pour le contester.
Pour la deuxième fois en 18 mois, la Ville de Québec perd donc l'un de ceux qui ont dirigé sa destinée.
Avec la collaboration de Ian Bussières













