Après avoir été le plus ardent pourfendeur des travaux de la commission, M. Bellemare en fait maintenant officiellement partie. En raison des «forces en place démesurément disproportionnée» contre lui, il souhaite dorénavant avoir voix au chapitre pour chacune des étapes à venir.
Sa présence «apportera aussi un éclairage différent des contre-interrogatoires amis qui pourront être faits par les autres participants», a-t-il plaidé dans sa demande. Même si la date limite prévue pour obtenir le statut est dépassée depuis juin, l'ex-ministre n'a eu aucune difficulté à faire reconnaître son «intérêt» à être de la partie. Le commissaire Bastarache s'est dit «tout à fait disposé» à lui accorder le statut.
La demande est venue par le représentant de M. Bellemare, Me Rénald Beaudry, après cinq jours d'interrogatoire de son client. L'avocat l'a déposée tout juste avant que ce soit son tour de poser des questions à M. Bellemare.
Toutes les parties reconnues à l'heure actuelle ont pu consulter les transcriptions du préinterrogatoire d'une quarantaine de témoins à comparaître. Me Beaudry a donc demandé - et obtenu - un ajournement des travaux jusqu'à mardi pour en prendre connaissance. Marc Bellemare remettra donc son chapeau de témoin à ce moment pour répondre aux questions de son propre avocat. À l'instar des autres participants que sont le gouvernement du Québec, le Parti libéral du Québec (PLQ), Jean Charest, le Barreau, la Conférence des juges, Me Bellemare n'a pas fait de demande d'assistance financière dans sa requête.
La participation de l'ex-ministre a été bien accueillie par les autres parties aux travaux. «Par sa demande, Me Bellemare a reconnu son intérêt dans la commission», a commenté Me André Ryan, qui représente le premier ministre. «Il est indéniable que sa participation nous permettra d'aller au fond des choses et accrédite les travaux de la commission», a-t-il poursuivi.
Même son de cloche du côté du représentant du PLQ, André Dugas. Selon lui, cet ajout viendra en effet rééquilibrer les forces en présence. «C'était disproportionné parce qu'il n'avait pas demandé à participer dès le départ, a-t-il noté. C'est une question d'équilibre. Je suis bien content qu'il soit là. [...] Il va pouvoir poser ses questions et il ne pourra pas dire que l'exercice est incomplet.»
Me Dugas a déjà eu l'occasion d'obtenir la version des faits des collecteurs de fonds Franco Fava et Charles Rondeau. Il assure que ceux-ci viendront nier en bloc les allégations de M. Bellemare quant à des pressions pour faire nommer des juges.
Ripostes à venir
Selon lui, ils viendront aussi contredire M. Bellemare sur la présence de Franco Fava à une rencontre de financement de Vision Québec, défunt parti municipal de l'ex-ministre.
L'avocat Dugas a profité de l'occasion pour aborder la question de l'échange d'argent liquide dont M. Bellemare dit avoir été témoin dans un restaurant entre Franco Fava et un permanent du PLQ. L'ex-juge Michel Bastarache a déjà statué qu'il n'appartient pas à sa commission de faire la lumière sur cette allégation.
«J'aurais aimé pouvoir parler de ça, a déploré Me Dugas. [...] Selon mes informations, ça n'a pas eu lieu. Pensez-vous que des gens vont compter de l'argent dans le lobby d'un restaurant? Voyons.»
Il se dit heureux que la Cour d'appel ait forcé M. Bellemare à rencontrer les enquêteurs du Directeur général des élections pour éclaircir cette question. «Le PLQ, ses employés et ses bénévoles vont collaborer à cette enquête à 100 %, assure-t-il. C'est un écran de fumée, cette affaire-là.»
À la sortie du Conseil des ministres, le whip en chef Pierre Moreau s'est fait le porte-parole du gouvernement. Il a raillé la demande de statut de participant de M. Bellemare, qui avait précédemment qualifié la commission Bastarache de «piège à cons». «Ça fait une contradiction de plus», a-t-il lancé.
















