Laurentie: avoir mal à son Québec

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Le Soleil à Karlovy Vary
Le Soleil à Karlovy Vary

Le Festival international du film de Karlovy Vary, en République tchèque, ne jouit peut-être pas de la notoriété de Cannes, mais il demeure l'un des plus prestigieux festivals européens. Notre journaliste Normand Provencher est présent. »

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Mathieu Denis (à gauche) et Simon Lavoie à... (Normand Provencher, collaboration spéciale)

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Mathieu Denis (à gauche) et Simon Lavoie à l'entrée du Thermal Hotel, quartier général du Festival international du film de Karlovy Vary.

Normand Provencher, collaboration spéciale

Normand Provencher
Le Soleil

(Karlovy Vary, République tchèque) Mathieu Denis et Simon Lavoie ont mal à leur Québec. De ce désespoir à l'égard de leur patrie coincée dans une «stagnation mortifère» est né un film tourné à quatre mains, Laurentie, qui a connu un baptême pour le moins inattendu, diamnche après-midi, hors compétition, au Festival international de Karlovy Vary, en République tchèque.

Devant une salle comble de 1300 spectateurs, les deux cinéastes ont découvert avec étonnement que certains passages de leur drame urbain «atypique», au rythme très lent, déclenchaient le rire à des moments inopportuns. À l'issue de la projection, la foule y est allée d'applaudissements polis de quelques secondes, sans plus.

«Nous avons été très surpris et décontenancés de la réaction des gens, mais en même temps contents de la projection, qui était magnifique, avoue Simon Lavoie. C'est la première fois que le film était présenté devant plus de 10 personnes qui n'étaient pas collaborateurs. Nous étions hypersensibles à la moindre réaction du public.»

Avec son titre inspiré d'un énoncé poétique désignant le premier mouvement nationaliste québécois, d'inspiration fasciste, Laurentie raconte la lente dégradation psychologique d'un jeune technicien audiovisuel montréalais, Louis (Emmanuel Schwartz).

Blasé de la vie, de son travail, de sa blonde, le jeune homme trouve sa seule source de satisfaction dans les danses à 10, les films pornos et l'autosatisfaction sexuelle. Graduellement, il en vient à développer une rancoeur, voire une haine viscérale, contre les anglophones. Rien pour arranger les choses, son voisin de palier en est un...

«On risque peut-être de se faire lancer des pierres et de se faire traiter de réactionnaires, lance Lavoie, mais ça crève les yeux à Montréal. Il y a une sorte de repli et d'ignorance des Québécois de souche à l'égard des anglophones et des allophones. Ça demeure un sujet tabou. Notre film, c'est un peu Hérouxville. Devant l'absence de certitudes, on trouve refuge dans le terroir et les ceintures fléchées.»

Descente aux enfers

Cette lente descente aux enfers se décline sur de longs plans séquences qui risquent de mettre à l'épreuve la patience du spectateur. Celui du vieillard traversant une église en marchette a entraîné d'abord des rires dans la foule tchèque, puis des applaudissements ironiques, une fois l'«exploit» accompli...

Parmi les autres moments qui ont créé de la rigolade chez bon nombre de spectateurs, citons un plan séquence de 11 minutes où Louis et ses deux copains prennent une bière en silence, autour d'une table de cuisine, en écoutant une pièce du compositeur finlandais Jean Sibelius, et une séance de masturbation frénétique dans une salle de bains, pendant qu'un party se déroule à côté...

Ici et là, à travers cette longue mise en abyme, des extraits d'oeuvres de poètes québécois des années 60 : Anne Hébert, Saint-Denys-Garneau, Hubert Aquin...

«Ces poètes avaient l'impression que les choses allaient changer. Comme Anne Hébert et son magnifique poème sur l'exaltation du pays naissant. Aujourd'hui, on est au même point, l'espoir en moins. La citation finale d'Aquin - "Je voudrais céder à l'ennui comme on cède à l'inertie'' - est une façon de dire que nous n'avons pas cédé, mais en même temps, on ne voit rien qui nous donne espoir.»

Laurentie devrait prendre l'affiche au Québec à une date qui reste à déterminer.

Amusantes vacances à la plage

Après Les petits ruisseaux, Pascal Rabaté donne à nouveau dans le cinéma avec Les vacances à la mer, vu cette fin de semaine à Karlovy Vary. Dans un hommage aux films de Chaplin, de Keaton et de Tati, le bédéiste et illustrateur français filme le chassé-croisé d'une galerie de personnages pittoresques partis se reposer à la plage. Parmi eux, deux couples infidèles (dont Jacques Gamblin et Maria de Meideros), un sadomaso abandonné par sa maîtresse attaché avec des menottes à son lit, un couple de lesbiennes punks... Cette comédie sans aucun dialogue, souvent irrévérencieuse, fait étalage d'une grande variété de gags visuels, certains plus inventifs que d'autres. Chapeau au Festival d'avoir glissé un peu de fantaisie dans une compétition pas très «hop la vie». Autre film vu hier, et qu'on vous envie d'avoir raté, bande de chanceux, le drame serbo-néerlandais Hij. L'histoire d'un caméraman largué par sa blonde et qui trouve conseil auprès d'un gourou nouvel âge sans abri, dans un parc d'Amsterdam. Un seul mot et trois syllabes : pé-ni-ble!

Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Karlovy Vary ont été payés par le Festival international du film.

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