Depuis des mois, les insurgés promettaient de mener des attaques spectaculaires dans Kandahar et d'y perturber le scrutin à coups de kamikazes. Mais jeudi, seules quelques roquettes lancées depuis l'extérieur de la ville sont venues troubler la journée. Les talibans ont en effet plutôt concentré leurs attaques dans les districts plus éloignés comme Panjwai et Zhari.
Il faut dire que les habitants de Kandahar n'ont jamais vu autant de soldats canadiens dans leurs rues. Chargée de la protection de la ville, l'Équipe provinciale de reconstruction (EPR) a reçu davantage d'effectifs à l'arrivée des troupes de Valcartier en avril, indique son commandant, le lieutenant-colonel Carl Turenne. En poste depuis janvier, l'officier compte désormais sous ses ordres pas moins de 420 soldats.
Fort de ces renforts, l'homme a décidé de multiplier «par trois ou quatre fois» le nombre de patrouilles en ville pour y améliorer la sécurité. «On n'est pas venus ici pour chômer. Il n'y a pas d'attitude de caserne ici. On est ici pour travailler 24 heures par jour, sept jours par semaine», dit le lieutenant-colonel Turenne.
Il ne faut pas aller bien loin pour croiser un convoi de véhicules ou une ligne de soldats dans les rues de Kandahar. Le Soleil a d'ailleurs constaté que les militaires québécois basés au coeur de Kandahar pouvaient effectuer de deux à trois sorties par jour. «Je n'ai pas de doute que j'en demande beaucoup, mais j'ai pour mon dire qu'un soldat heureux est un soldat occupé», dit simplement leur commandant.
Incidents en baisse
Ce dernier assure que la stratégie commence à porter ses fruits, le nombre d'incidents ayant diminué en ville. «Pour mener une contre-insurrection, il faut conÂnecter avec la population. C'est la seule façon de développer une relation, de comprendre leurs besoins et de leur faire comprendre qu'on est là pour leur bien.»
Reste que son équipe de réaction rapide - unité appelée à intervenir en cas d'incident - sort quasiment tous les jours. Loin de s'en inquiéter, le lieutenant-colonel y voit une bonne nouvelle, puisque, dans la plupart des cas, ses hommes se rendent désamorcer des bombes dissimulées le long des routes. Et dans la majorité des cas, celles-ci sont souvent rapportées par la population à une sorte de service 9-1-1 ou encore découvertes par les policiers afghans de plus en plus nombreux en ville.
L'officier dit en effet avoir senti un changement dans l'ambiance en ville. «Lorsque je suis arrivé, on se faisait lancer des roches assez régulièrement dans certains secteurs de la ville. Depuis deux ou trois mois, j'ai vu une baisse dramatique [de ces incidents] et une attitude plus positive des Afghans.»
Le Soleil a toutefois constaté que les Kandaharis semblent partagés face à la présence des Canadiens. Si plusieurs saluent les soldats lors de leurs patrouilles, d'autres préfèrent leur envoyer le doigt d'honneur ou pointer le pouce vers le bas pour manifester leur mécontentement.
Le lieutenant-colonel Turenne se dit néanmoins à ce point satisfait du niveau de sécurité depuis cet été qu'il aimerait même pouvoir accélérer la mission première de l'EPR, soit mener des projets de reconstruction.
Renforts américains
L'arrivée graduelle de renforts américains d'ici la fin de l'année devrait permettre au Canada de renforcer encore davantage sa présence dans Kandahar et dans les districts limitrophes qui resteront sous sa responsabilité.
En effet, les États-Unis prendront peu à peu en charge la sécurité des régions plus éloignées, tandis que les soldats canadiens garderont la responsabilité de la ville et d'une partie de ses approches. Les Américains devraient aussi renforcer leur présence au sein de l'EPR, mais le lieutenant-colonel Turenne ne sait pas quel rôle ils entendent y jouer.














