Les soldats à pied de plus en plus visés

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Les soldats à pied de plus en plus visés

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Un groupe de soldats, dont l'artilleur David-William Gagnon, patrouille dans Panjwaï. Les attaques des insurgés sont de plus en plus l'oeuvre de spécialistes, comme en témoigne la récente apparition des dispositifs en chaîne.

Photo collaboration spéciale, Pierre-André Normandin

Pierre-André Normandin
Le Soleil

(Panjwaï, Kandahar) Quel­que chose clochait. Peut-être était-ce cet Afghan avec une pelle, parti en courant. Peut-être était-ce un détail sur la route comme de la terre remuée ou des ro­ches étrangement empilées. Peu importe, mieux valait ne pas prendre de chance. Après quel­ques minutes d'inspection, un in­génieur militaire le confirmait, un piège avait été tendu. Et pas n'importe lequel : quatre engins explosifs reliés entre eux, assez pour décimer la patrouille.

Fréquemment utilisés en Irak, les dispositifs en chaîne ont récemment fait leur apparition en Afghanistan. Cette nouvelle menace fait surface alors que les insurgés cherchent à adapter leurs stratégies pour maximiser les pertes au sein des troupes étrangères déployées dans le pays.

«Avant, ils visaient beaucoup les véhicules, mais maintenant, ils visent les gars à pied», résume le lieutenant Jonathan Martineau, responsable d'un détachement d'ingénieurs militaires opérant dans Panjwaï. Ceux-ci n'ont pas chômé cet été alors que les insurgés ont facilement multiplié par trois les attaques menées contre les forces étrangères en Afghanistan. Et les soldats de Valcartier, qui forment l'essentiel des troupes de combat canadiennes, n'y ont pas échappé.

Au plus fort de la saison des combats en Afghanistan, l'équipe du lieutenant Martineau a été appelée à désamorcer plus d'un engin explosif par jour. Les militaires les appellent IED, de leur acronyme en anglais Improvised Explosive Device. Mais ces attaques sont de moins en moins improvisées et de plus en plus l'oeuvre de spécialistes, souvent venus de l'extérieur du pays. En témoigne la récente apparition des dispositifs en chaîne.

«C'est plusieurs IED reliés ensemble. Quand un détonne, tous les autres explosent. Ils sont capables de couvrir une grande distance. C'est là qu'on voit qu'ils s'adaptent beaucoup à nous», précise l'adjudant Stéphane Pelletier. À son deuxième séjour en Afghanistan, cet ingénieur militaire dit avoir noté une sophistication des engins posés.

L'armée est très réticente à publier les données sur le nombre d'engins trouvés et sur ceux qui explosent, mais ces deux responsables de la lutte aux engins explosifs assurent que la vaste majorité est désamorcée. Malgré tout, les mines artisanales demeurent la principale menace posée aux soldats patrouillant les routes en terre battue d'Afghanistan. «Les insurgés savent qu'ils ne peuvent gagner les fusillades, alors c'est souvent leur seule façon de nous toucher», poursuit l'adjudant Pelletier.

Pas de remède miracle

Peu de remèdes existent pour prévenir ces attaques. La surveillance demeure la principale façon pour les soldats d'éviter que les IED soient posés sur leur chemin. «Si on a des yeux sur la route, ils ne peuvent pas en poser», dit Stéphane Pelletier.

Mais voilà, comme dans le jeu du chat et de la souris, les techniques pour poser les bombes changent et même la surveillance a ses limites. Récemment, une patrouille a trouvé du câblage non loin d'un ponceau pourtant étroitement surveillé. Si ces fils ne sont pas dangereux en soi, ils restent de mauvais augure. Probablement qu'un Afghan les a laissé tomber discrètement en attendant d'apporter les autres composantes de la bombe. Et puis ultimement, quelqu'un serait venu assembler le tout une fois toutes les pièces sur place.

Ainsi, même si elles sont plus exposées, les patrouilles restent la meilleure solution pour le lieutenant Martineau. En allant sur le terrain, elles peuvent plus facilement repérer les engins installés et les désamorcer. Évidemment, avec tous les risques que cela comporte.

Durant ces patrouilles, les soldats peuvent parfois trouver des pièces de ces mines en vente libre au bazar. «Je dis aux gars de suivre leur logique. Les Afghans ont des autos, des cellulaires. Bref, ils vivent comme nous. S'ils arrivent à un endroit où il n'y a pratiquement pas d'habitants et qu'ils voient plein de composantes, ils vont les saisir. Mais s'ils arrivent dans la maison d'une petite famille et ils voient une batterie qui sert à allumer une ampoule, on ne peut pas les priver de leur seul confort», expose Jonathan Martineau.

Les patrouilles ont aussi l'avantage de créer des liens avec la population. Et parfois, des informateurs peuvent indiquer aux soldats où des engins ont été cachés. Ou même, dans les meilleurs cas, leur pointer les fabriques clandestines d'engins explosifs.

«En même temps, c'est aussi dangereux pour la population, souligne le lieutenant Martineau. Il ne faut pas oublier qu'un IED n'a pas d'yeux : c'est la personne qui passe le plus proche qui écope.»

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