Christian Véronneau est professeur de physique à l'école secondaire Roger-Comtois, à Québec. Après plus d'une vingtaine d'années d'expérience, il est convaincu que garçons et filles sont «très différents» sur les bancs d'école.
«Les gars ont besoin de concret, ils sont aussi plus visuels. Ils sont plus intéressés par les laboratoires et les expériences, ils ont besoin de bouger. Mais ils vont aussi avoir tendance à poser moins de questions en classe, il faut aller plus souvent vers eux lorsqu'ils ont besoin d'aide», dit-il.
Au fil des ans, M. Véronneau a tenté d'adapter son enseignement pour rejoindre davantage les garçons. Pour expliquer les notions de vitesse et d'accélération, il fait courir ses élèves dans les corridors de l'école. Pour leur faire comprendre comment se comportent des projectiles en plein vol, il les invite à lancer des avions de papier en classe. Lorsque vient le temps de faire de la discipline, il n'intervient jamais auprès d'un élève devant tout le groupe, mais le prend plutôt à part. «Les gars aiment impressionner leurs pairs. C'est hot de se faire interpeller par le prof. Alors il ne faut pas les encourager», explique-t-il.
M. Véronneau, qui est aussi conférencier à ses heures, est convaincu qu'il faut apprendre aux enseignants à intervenir différemment auprès des garçons. Il n'y a rien de bien sorcier dans ce qu'il propose : l'enseignant est convaincu que de petits gestes peuvent faire de grandes différences et intéresser davantage de garçons à l'école. «C'est une cause qui me tient vraiment à coeur. On ne peut pas continuer comme ça», dit-il, faisant référence à la proportion de décrocheurs beaucoup plus élevée dans les rangs des garçons.
Pour tenter de comprendre les différences d'apprentissage entre garçons et filles, Christian Véronneau s'est tourné vers la neuropsychologie, tout comme Jean-Guy Lemery, ancien directeur d'école qui s'est intéressé à la même problématique. Auteur de l'ouvrage Les garçons à l'école, M. Lemery a recensé plusieurs études qui démontrent des différences dans le fonctionnement du cerveau selon les sexes. «On cherche souvent des réponses sociologiques pour expliquer les différences entre les garçons et les filles. Mais il faut aussi regarder du côté du cerveau, qui n'évolue pas de la même manière», dit-il.
La testostérone en cause
Selon les études consultées, l'hémisphère droit du cerveau se développe plus rapidement chez les garçons, à cause de la testostérone, explique-t-il. Chez les filles, on observe une croissance plus rapide des deux hémisphères, à cause de l'oestrogène. Les filles arriveraient donc à l'école avec un hémisphère gauche plus développé, ce qui expliquerait leurs habiletés langagières et leur plus grande facilité à lire et écrire. Ces observations pourraient aussi permettre d'expliquer pourquoi les troubles du développement de la parole touchent trois fois plus d'hommes que de femmes.
En contrepartie, le développement de l'hémisphère droit des garçons pourrait permettre d'expliquer pourquoi ils sont plus à l'aise avec les tâches concrètes et un apprentissage centré sur le «pourquoi», ajoute M. Lemery. «Depuis la publication de cet ouvrage, d'autres études sont venues confirmer ce que je dis depuis longtemps, mais on a beaucoup de difficulté à sensibiliser les gens. J'ai de la misère à comprendre pourquoi c'est tabou de dire que les gars et les filles, c'est pas pareil», lance-t-il.
Vision contestée
Mais cette vision est loin de faire l'unanimité. Jean-Claude Saint-Amant, chercheur qui s'est longtemps intéressé à la réussite des garçons à l'école, croit de son côté que ces théories n'ont «aucun sens».
«Ça ne tient pas debout. Si c'était vrai, on retrouverait les mêmes différences entre garçons et filles partout sur la planète, et ce n'est pas le cas.» En Australie et au Japon, par exemple, les garçons réussissent mieux à l'école que les filles, dit celui qui a analysé plusieurs données semblables dans différents pays. Et au Québec, les filles ont rattrapé les garçons en mathématiques au cours des dernières années, rappelle-t-il. «Comment l'explique-t-on? Est-ce que le cerveau des filles a changé?» ironise M. Saint-Amant.
Ce dernier croit qu'il faut éviter de mettre en place des activités ou des projets visant spécifiquement la réussite des garçons. En 2003, Jean-Claude Saint-Amant a analysé les retombées de ce type d'interventions pour conclure que seulement 2 % d'entre elles avaient une influence positive. Dans certains cas, une telle approche peut même aggraver la situation, ajoute-t-il, en dévalorisant les garçons à force de leur dire qu'ils sont moins bons à l'école. «Quand on travaille à partir d'une analyse stéréotypée des garçons, on ne va nulle part», dit-il.
Plutôt que de penser mettre en place des mesures visant spécifiquement la réussite des garçons, M. Saint-Amant croit qu'il faut mettre en place des approches pédagogiques diversifiées, qui peuvent rendre service autant aux garçons qu'aux filles. «Il y a aussi des filles qui sont plus concrètes et des gars qui sont plus abstraits, il faut faire attention à ne pas généraliser, dit-il. Il ne faut pas oublier que dans la lutte contre le décrochage, ce qui marche avec les uns marche avec les autres.»


























