Line Beauchamp est en poste depuis seulement trois semaines et, déjà, les dossiers s'empilent sur son bureau. Si la nouvelle ministre veut prendre le temps de faire ses devoirs avant de se prononcer sur plusieurs enjeux, elle dit toutefois avoir rapidement compris que le milieu de l'éducation - et son ministère en particulier - est marqué par des «guerres d'idéologie» auxquelles elle entend bien opposer une approche «pragmatique», a-t-elle affirmé lors d'une entrevue éditoriale avec Le Soleil, mercredi.
Invitée à réagir à notre dossier sur les garçons à l'école, publié au cours des derniers jours, Mme Beauchamp s'est montrée préoccupée par les écarts de réussite entre garçons et filles. Au Québec, 26 % des filles et 35 % des garçons quittent l'école sans diplôme secondaire. «Je trouve que les chiffres parlent, c'est quand même frappant. Ce sont des écarts que je considère significatifs. Je pense donc qu'on doit continuer au Ministère, et on le fait, à se documenter et à avoir des données concernant la réussite des garçons et des filles», affirme-t-elle.
Mais gare aux recettes miracles. Mme Beauchamp préfère miser sur l'approche régionale, mise de l'avant par son prédécesseur, Michelle Courchesne, dans le plan d'action pour lutter contre le décrochage. «C'est par région qu'on doit trouver des solutions, je crois beaucoup à ça», dit-elle.
La région des Laurentides, par exemple, a été capable d'identifier il y a quelques années un lien entre le taux de décrochage élevé chez les garçons et la présence de l'industrie récréotouristique, l'école pouvant difficilement rivaliser avec des emplois payants dans les centres de ski, raconte-t-elle. «Dans cette région, les actions à prendre, c'est davantage d'interpeller le milieu des affaires alors que dans mon comté, à Montréal-Nord, j'ai des jeunes provenant de certaines communautés qui arrêtent l'école tôt... Le portrait est très différent.»
Formation technique
Mme Beauchamp affirme aussi qu'un autre «clé» se trouve dans la formation professionnelle et technique. «Si on était capable de réussir à valoriser ces formations-là - ça concerne tout le monde, pas seulement l'école - et si on arrivait à mieux répondre au marché du travail, ça voudrait dire qu'un gars bien formé aurait un boulot bien payé.
Ça peut être un autre facteur d'encouragement à réussir à l'école», indique-t-elle.
L'arrimage entre la formation et le milieu du travail sera d'ailleurs un des nombreux sujets abordés lors des rencontres qui réuniront les partenaires de l'éducation, cet automne.
Par ailleurs, la ministre Beauchamp entend bien se pencher sur la possibilité de rendre l'école obligatoire jusqu'à 18 ans, comme c'est le cas en Ontario, mais émet quelques réserves. «Je suis prête à rester les oreilles ouvertes. Mais est-ce qu'on peut s'assurer de très bien faire ce qu'on fait maintenant avant d'en ajouter? Je ne suis pas en train de fermer la porte complètement, je ne peux pas dire après 20 jours de travail que je crois à ça ou pas. Mais je pense qu'il faut commencer par s'assurer que ce qu'on fait là est bien fait avec toutes les conditions de succès réunies», affirme-t-elle.
Pour Mme Beauchamp, l'ajout de professionnels dans les écoles et la diminution du nombre d'élèves par classe fera une «grosse différence», à la fois pour les profs et les élèves.
La nouvelle ministre promet aussi de se pencher sur le manque d'enseignants masculins dans le réseau scolaire, qui pourrait avoir un rôle à jouer dans les problèmes des gars à l'école, selon certains.
La première étape passe toutefois par la valorisation de la profession, affirme-t-elle. «Si on veut attirer des gars dans cette profession, il faut commencer à la base et raconter c'est quoi ce métier-là.» Une campagne de sensibilisation sera d'ailleurs lancée cet automne.





















