Par ailleurs, «on pense toujours que tout le monde est bilingue, mais beaucoup de gens sont mal à l'aise en anglais», note Bruno Guglielminetti. On a noté, par exemple, une vague d'inscriptions à Facebook lorsque le site a été traduit en français. Mais la langue ne cause pas que des retards, elle permet aussi au Québec de se distinguer et de voir émerger ses propres phénomènes.
Vous souvenez-vous de La toile du Québec, le Yahoo! québécois de l'époque et par lequel tant de gens ont fait leurs premiers pas sur le Web? Du portail InfiniT? De multimédium? Tous ces sites relevaient de l'entreprise québécoise Netgraphe, une pionnière des contenus francophones sur Internet. Avant l'éclatement de la bulle technologique, «Netgraphe valait plus d'un milliard de dollars en Bourse», insiste le chroniqueur Michel Dumais. L'entreprise a vécu durement la tourmente financière des titres de nouvelles technologies. Ses filiales ont été graduellement intégrées aux autres médias de Quebecor pour devenir Canoë en 2005.
Les médias
Mais le 11 septembre 2001, pour la première fois, les médias traditionnels et locaux ne suffisaient plus. «Les gens ont pris conscience que pour s'informer, il fallait aller sur le Web», se rappelle M. Dumais. Même chose pour la fusillade au Collège Dawson, «les gens en voulaient plus que ce que les médias traditionnels avaient à offrir».
La décennie 2000 a aussi vu l'information se démarquer sur le Web, aller plus loin que de retransmettre le contenu des journaux. «C'est là que des journalistes débarquent sur la Toile, surtout dans les blogues», poursuit Michel Dumais. Les deux plus connus sont sans doute Dominique Arpin et Patrick Lagacé. Il note que l'arrivée de la plateforme Web de Radio-Canada marque un certain tournant parce que «le réseau public, maintenant, nous dit que le Web est une composante aussi importante de la télé et la radio».
Multiplateforme
Le Web mène maintenant à la radio (comme le Sportnographe), les journaux aux blogues, les blogues à la télé, ou l'inverse, dans l'ordre ou dans le désordre... En 2003, le spécialiste maintes fois cité dans ce dossier, Bruno Guglielminetti, lance le blogue de son émission de radio le Carnet techno. La baladodiffusion suivra. En avance sur son temps, toutes les variantes et les plateformes du Carnet techno figurent parmi les plus suivies du Web québécois.
Caroline Allard alias Mère indigne a poussé la logique encore plus loin. «Un simple petit carnet Web d'une fille intelligente, à la maison, mais qui avait envie de jaser un peu, a donné quelque chose de multiplateforme : un blogue, une webtélé [qui passe maintenant au grand réseau], des livres, bientôt une bande dessinée.»
Webtélé
Mais la webtélé la plus marquante pour le Québec est sans contredit les Têtes à claques, «une des premières entreprises ici à connaître un immense succès sur le Web et qui a pu s'exporter», explique Michel Dumais. Aujourd'hui, Johnny Boy sévit aussi en France et aux États-Unis.
Bruno Guglielminetti, de son côté, note l'apparition de la webtélé du portail Branchez-vous. Pas tellement pour son succès, mais pour sa fermeture... «C'est symboliquement important parce que ça marquait une volonté à l'époque, tout le monde disait ?wow!?, mais on a vu que ça prend beaucoup de temps et d'argent...»
Michel Dumais est aussi chroniqueur à Branchez-vous, et va dans le même sens en parlant d'une autre webtélé importante, Chez Jules. «On a pu voir là une première véritable webtété, avec des textes intelligents, des moyens importants et des comédiens connus.»
Nul n'est prophète dans son pays
Le Québécois Jon Lajoie, lui, était déjà un comédien connu avant d'être propulsé vers les plus hauts sommets de la gloire numérique. Le Tom de L'auberge du chien noir n'a plus besoin de ce rôle pour gagner sa vie. C'est que des producteurs californiens l'ont découvert, après que ses vidéos du Everyday Normal Guy eurent été visionnées plus de 10 millions de fois sur YouTube. Il s'agit d'un clip dans lequel il raconte de façon un peu absurde les joies et les peines d'un «gars ben ordinaire» sur un air de hip-hop.
Mais le titre de la première star québécoise du Web ne lui revient pas. Il revient au Star Wars Kid, cet adolescent reproduisant maladroitement un combat de Jedi, de qui plusieurs millions de personnes se sont moquées sur Internet en 2003. Le jeune a sombré dans une profonde dépression.
D'autres vidéos ont aussi fait leur marque au Québec. Plus récemment, la vidéo mettant en vedette Michel Rivard et qui dénonçait certaines coupes dans le budget de la culture a réussi à ébranler la classe politique.
iPhone
L'arrivée de l'iPhone a changé bien des choses, et le Québec ne fait pas exception. Pour Michel Dumais, le fait qu'il soit cependant arrivé ici un an après sa sortie aux États-Unis a de quoi faire réfléchir.
«On a des tarifs qui ne sont pas concurrentiels», déplore-t-il. Le Canada a été récemment le pays où les forfaits de téléphones cellulaires étaient les plus élevés parmi les pays de l'OCDE. Dommage, poursuit-il, parce que les prix élevés diminuent l'accès et ultimement, «si on veut développer des contenus riches, développer des webtélés au Québec, si les tarifs demeurent trop cher, ça va [en bout de piste] limiter la créativité» des artisans.












