Le doyen de la faculté de foresterie de l'Université Laval n'en doute pas. Rencontré jeudi au pavillon Kruger, un édifice moderne dont l'armature et la finition sont en bois, Robert Beauregard a affirmé sans hésitation qu'un tremblement de terre de l'intensité de celui qui a frappé Port-au-Prince n'aurait pas provoqué son effondrement.
«Il aurait parfaitement résisté», a répondu l'ingénieur forestier de formation. «Le bois a la propriété d'absorber l'énergie [sismique, par exemple], de bouger sans tomber.»
M. Beauregard a signalé que la démonstration de ce qu'il avance a été faite, en 1995, à Kobé, au Japon. Là aussi, la magnitude de la secousse avait été au-dessus de 7 sur l'échelle de Richter. Par un hasard, tragique, le Canada venait d'y construire une quinzaine de résidences modèles à armature en bois, certaines hautes de quatre étages.
«Il y a eu énormément de destruction» dans la ville nippone, a rappelé l'universitaire au sujet d'un drame qui a coûté la vie à plus de 3000 personnes. Dans le secteur où elles avaient été construites, ces maisons «ont été les seuls bâtiments à rester debout».
Pour Robert Beauregard, l'effort de reconstruction devrait, en toute logique, faire une place à ce matériau. «Le bois est plus résistant aux tremblements de terre que le ciment, c'est sûr.»
Le doyen a pris garde de ne pas paraître cynique. Mais, a-t-il admis, l'industrie forestière peut profiter de retombées liées à l'effort humanitaire de reconstruire un pays dévasté.
«Ces situations d'urgence sont récurrentes, a-t-il constaté. Il y a eu le tsunami [au-delà de 200 000 morts, en Asie, à la fin de 2004], des tremblements de terre, des ouragans qui occasionnent des destructions» massives d'édifices en tout genre. «On pourrait structurer ce domaine de la construction en bois pour des situations d'aide humanitaires. Pour être beaucoup plus efficaces quand cela se produit. Cela arrive fréquemment.» Et «quand il y en a», les secours, y compris pour l'hébergement, doivent arriver rapidement, a souligné M. Beauregard.
Selon lui, le gouvernement fédéral doit privilégier «ce type d'aide». L'Agence de coopération et de développement international «devrait donner les moyens de structurer cette aide», a-t-il avancé. Mais, a-t-il déploré, l'Agence «n'a pas toujours été la plus efficace pour structurer ces efforts de la société civile».
«Elle a souvent tendance à faire un chèque, et ce sont des fournisseurs européens et américains de construction d'urgence» qui réalisent les travaux. «Nous pouvons contribuer [aux efforts de secours international] et les gens veulent contribuer», a-t-il plaidé.













