Second refus de visa à une Haïtienne: le Canada ferme encore une fois la porte

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Wilda Hippolyte et son frère Burel ne comprennent... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Wilda Hippolyte et son frère Burel ne comprennent pas la décision d'Immigration Canada.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

 

Matthieu Boivin
Le Soleil

(Québec) Atteinte d'un cancer, une femme d'origine haïtienne qui dirige une garderie en milieu familial à Beauport, Wilda Hippolyte, presse Immigration Canada d'octroyer un visa de visite à sa demi-soeur afin qu'elle puisse venir l'aider à s'occuper de sa garderie et de son fils de trois ans.

La demi-soeur de Mme Hippolyte, Darline Legal, a vu sa deuxième demande d'un visa de visite être refusée, jeudi, à l'ambassade du Canada à Saint-Domingue, en République dominicaine. La femme de 27 ans s'est rendue dans ce pays - et y habite chez un cousin depuis plusieurs semaines - afin d'accélérer le traitement de son dossier. Mme Hippolyte jure que la demande de sa soeur était complète; elle comprenait notamment l'acte de naissance qui prouverait que les deux femmes ont la même mère.

Mais il appert, selon Mme Hippolyte et son frère Burel, qui habite à L'Ancienne-Lorette, qu'Immigration Canada demande des garanties financières et immobilières afin d'octroyer ce visa de visite. Cependant, à la suite du tremblement de terre qui a lourdement endommagé le parc immobilier d'Haïti, Mme Legal a perdu sa maison et elle ne possède plus rien.

«Ils veulent des garanties immobilières, mais tout ce qu'on peut leur envoyer, c'est un bloc de béton, a fulminé Burel Hippolyte. Moi, je fais tout ce que je peux pour aider ma soeur avec sa garderie et son fils, mais je dois aussi travailler. Ma soeur pourrait venir aider Wilda et quand elle sera remise, Darline retournera en Haïti.»

Approbation du médecin

Dans la documentation envoyée à Immigration Canada, Mme Hippolyte a fait parvenir une lettre de son médecin qui reconnaît que la dame devra lutter contre un cancer par des traitements de chimiothérapie qu'elle recevra bientôt pour une période de quelques mois, à L'Hôtel-Dieu de Québec. Mme Hippolyte sera assurément affaiblie par ces traitements et son médecin estime qu'il est «tout à fait justifié» que sa demi-soeur vienne l'aider, durant quelques mois, pour sa garderie et pour s'occuper de son garçon de trois ans, Mehdi.

Comme l'histoire de Mme Hippolyte a été rendue publique plus tôt cette semaine par Radio-Canada, la députée de Québec pour le Bloc québécois, Christiane Gagnon, a demandé en Chambre au ministre de l'Immigration, Jason Kenney, de s'impliquer dans le dossier pour faire bouger les choses dans les bureaux d'Immigration Canada.

Mercredi, le ministre a refusé de répondre à la question, car il invoquait la Loi sur la protection des renseignements personnels. Comme la députée a obtenu un document signé de la main de Mme Hippolyte et de sa soeur permettant au ministre de s'expliquer sur le sujet, Mme Gagnon est revenue à la charge jeudi.

M. Kenney a alors répondu que l'agent de visa affecté au cas de Mme Legal «n'était pas convaincu que la demanderesse reviendrait en Haïti après son séjour au Canada. L'information n'était ni complète ni cohérente».

En entrevue avec Le Soleil, Mme Gagnon était renversée de la réponse du ministre. «C'est la compassion qu'il a pour cette femme et sa situation? On invoque des causes humanitaires ici pour accélérer le dossier de cette femme. Vous pouvez être certains que nous allons revenir en Chambre la semaine prochaine avec cette histoire et que nous allons requestionner le ministre avec ça.»

De la frime?

Christiane Gagnon affirme que «2000 dossiers» d'Haïtiens qui veulent venir rejoindre leurs proches au Canada sont en attente à Immigration Canada. Dans ce contexte, la députée avance que la promesse du ministre Kenney de faciliter la réunion des familles, faite après le tremblement de terre de janvier, était de la frime.

«Si une femme qui vit un drame comme Mme Hippolyte ne peut bénéficier d'un peu de compassion du ministère de l'Immigration, alors qu'en sera-t-il pour les autres Haïtiens qui veulent venir ici? Le ministre n'a jamais pris les mesures administratives pour accélérer le processus de réunification des familles.»

Pour sa part, Mme Hippolyte n'en revenait pas de la réponse donnée par l'agent de visa, surtout que personne n'a rencontré sa soeur à Saint-Domingue afin de vérifier l'exactitude de sa demande.

«Ça me dépasse et ça m'enrage», a lancé la mère de famille monoparentale qui a aussi une fille de 17 ans qui fréquente l'école secondaire. «Comment peut-on dire que la demande n'est pas cohérente si personne à l'ambassade n'a parlé à ma soeur en personne?»

Jointe à son bureau de circonscription, la députée conservatrice de Beauport-Limoilou, Sylvie Boucher, dit avoir fait tout en son pouvoir afin de bien éclairer le ministre dans cette affaire. Elle jure que son bureau a été en contact avec Mme Hippolyte afin de bien comprendre sa situation. «Le dossier est maintenant sur le bureau du ministre Kenney», a indiqué Mme Boucher.

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