Nicolas et Lân, le fils et le frère de l'ingénieur québécois Trân Triêu Quân, disparu le 12 février à Port-au-Prince, ont pu communiquer avec leurs proches dès mercredi soir pour leur apprendre de vive voix qu'on avait probablement retrouvé son corps.
Il leur a fallu attendre jusqu'à vendredi soir pour obtenir une identification formelle de la dépouille mortelle. Les Forces armées ont même accepté de les accueillir à la morgue située sur leur base militaire temporaire pour leur permettre de se recueillir devant les restes de leur parent et de prendre possession de ses effets personnels.
L'ambassade canadienne a également autorisé la chose.La famille Trân n'est pas la seule à pouvoir enfin sortir de sa longue et angoissante attente. Les corps de Paquerette Tremblay et de Claude Chamberland, de Saint-Michel-de-Bellechasse, ont également été retirés des ruines de l'hôtel Montana et ont été formellement identifiés. Les familles ont été prévenues jeudi soir. Le frère de M. Chamberland, Gilles, avait d'ailleurs autorisé une amie vivant à Port-au-Prince, Andrée Gilbert, à les représenter dans la démarche des Trân en Haïti. La famille de Roger Gosselin, toujours porté disparu à l'hôtel Montana, avait aussi donné son appui à leur initiative.
Rapatrié dès dimanche
Si tout va bien, les corps pourront être rapatriés au Québec dès demain soir. Les représentants de la famille seront autorisés à monter à bord. Nicolas, le fils de Trân Triêu Quân, s'est dit heureux d'avoir été ici pour accueillir la nouvelle, même si l'issue est triste. Pour lui comme pour son oncle, il était important de se rapprocher ainsi du disparu en rencontrant les gens qui l'ont vu ici pour la dernière fois, et en échangeant des souvenirs et des confidences. Ils ont pu contribuer à faciliter le rapatriement du défunt à Québec afin de permettre à la famille de pouvoir enfin entamer son deuil.
Une énergie peu commune
Grand maître de la Fédération internationale de taekwondo (ITF), Trân Triêu Quân était une personnalité connue au Québec surtout depuis sa libération du Viêtnam en 1997. La population de la capitale s'était alors mobilisée derrière le leadership d'un comité d'amis. Cent cinquante mille personnes avaient signé une pétition lancée par Le Soleil et parrainée par le maire Jean-Paul L'Allier et Mgr Maurice Couture demandant sa libération. Les deux hommes ont d'ailleurs reçu une ceinture noire honorifique de TKD des mains du grand maître quelques années plus tard, en guise de remerciement.
Dès son retour, Quân avait manifesté une énergie peu commune et lancé Norbati, une firme de génie-conseil, avec des anciens collègues de la Régie du bâtiment. Ingénieur en mécanique du bâtiment, il avait sollicité et obtenu des mandats en Asie et en Amérique du Sud. Il avait simultanément repris ses activités de taekwondo, ce qui l'avait amené un peu partout dans le monde. La force de son réseau s'est manifestée dès l'arrivée de son fils et de son frère mercredi à Santo Domingo. Les dirigeants locaux du taekwondo les attendaient et les ont pris en charge pour faciliter leurs déplacements.
Sa passion pour cet art martial dont il prêchait beaucoup la philosophie lui survivra. Ses trois enfants, Cécilia, Nicolas et Joliette, s'y adonnent depuis toujours. Joliette a lancé sa propre école et a mené sa pédagogie jusqu'à l'Université du troisième âge.


















