Entre sa vie d'adolescent et celle de superathlète, Fortier a subi un grave accident de travail qui lui a coûté l'usage des jambes, à l'âge de 17 ans. Ouvrier de nuit dans une usine de fabrication de charpentes de toit de Laurier-Station, il prêtait main-forte sur la ferme familiale le jour, à Joly. Son diplôme d'études secondaires estampillé en juin 2003, il avait été admis pour janvier suivant à l'école des métiers comme futur charpentier-menuisier. Mais le 13 septembre, un paquet de 19 charpentes lui est tombé sur la tête, faisant éclater sa 12e vertèbre dorsale qui, elle, a sectionné la moelle épinière à 50 %.
«J'ai commencé à faire du vélo adapté huit mois plus tard et j'ai fait ma première course 10 mois et demi après mon accident», raconte Fortier, aujourd'hui âgé de 23 ans. Vélo à mains et volleyball en fauteuil roulant constituaient ses sports de prédilection. C'est Pierre Pomerleau, ex-entraîneur des Chantal Petitclerc et Dean Bergeron, qui le dirigera vers le ski paranordique ou ski de fond en luge, faisant valoir que ses puissants muscles abdominaux et dorsaux s'avèrent sous-utilisés sur trois roues.
Plus un voeu qu'un désir
Il s'y est donc mis sérieusement il y a un an, quittant Lotbinière pour s'établir à Québec. Il a depuis battu le champion canadien par deux minutes sur 14 kilomètres, a participé à quatre épreuves de Coupe du monde en Europe et, en conséquence, s'est qualifié pour les Jeux paralympiques, tenus à Vancouver, du 12 au 21 mars. Fortier y sera aux départs du 1, du 10 et du 15 km, ajoutant même peut-être le relais.
«Au début, c'était plus un voeu qu'un désir profond», admet-il, à propos de ses ambitions paralympiques. «Mais depuis un an, j'ai mis toutes les chances de mon côté», même s'il avoue que lui et Pomerleau convoitaient davantage les Jeux de 2014.
Cette passion du sport, qu'il a d'abord adoptée «un peu à peu près, pour me garder actif», s'est transformée en véritable bouée de sauvetage. En 2005, une opération pour retirer les tiges qui solidifiaient sa colonne l'a laissé avec d'importantes souffrances dans la région fessière, des maux insupportables en réalité «imaginaires» parce qu'émis par des nerfs défectueux. «Je m'en viens avec un moral d'acier», lance-t-il, confiant avoir vécu des périodes noires.
«J'ai appris à contrôler la douleur mentalement, à l'endurer, et j'ai beaucoup de médication. Mais la meilleure médication que j'ai trouvée, ce sont les endorphines libérées quand on fait du sport.» L'an prochain, il pense tenter sa chance en biathlon, un autre des cinq sports paralympiques d'hiver avec le ski alpin, le hockey et le curling. On pourrait un jour le voir aux Jeux d'été, lui qui confesse avoir toujours voulu s'essayer au basketball.
Des plaines à Whistler
Sébastien Fortier fait tourner les têtes. Débarquant de sa fourgonnette grise qu'il conduit à l'aide de manettes-poussoirs, se sanglant dans sa luge de course de 2000 $, filant à toute allure en ski sur les plaines d'Abraham. Sans aide. Et n'allez pas croire qu'il se contente de tourner autour de l'anneau, tel un promeneur du dimanche.
Il s'en satisfait pour la demi-heure d'échauffement qu'il s'impose avant d'attaquer les sentiers en contrebas, tout cela à raison de deux à trois heures par jour, six jours par semaine. Il sera le seul Québécois membre de l'équipe canadienne de ski de fond aux Jeux paralympiques de Vancouver. En plus d'être sur les Plaines et bientôt à Whistler, il est dans la Toile au www.sebastienfortier.com.












