Après des mois de négociations avec une demi-douzaine d'entreprises, la Ville de Québec a finalement décidé de confier au géant québécois des médias le mandat de gérer son nouvel amphithéâtre. Avec cette entente, la capitale devrait récupérer en partie son investissement de 187 millions $ pour la construction de l'édifice. Et peut-être même générer un bénéfice, selon les projections du maire. La part de 200 millions $ du gouvernement provincial demeure toutefois inchangée par cette annonce.
Le contrat de 10 pages signé dimanche matin entre le maire Labeaume et Pierre Karl Péladeau prévoit deux scénarios, soit avec et sans équipe de hockey. Fait révélateur, même si aucune franchise n'a encore officiellement été achetée, le document s'étend surtout sur la possibilité du retour d'un club de la Ligue nationale de hockey (LNH) à Québec, priorité ouvertement affichée par le pdg de Quebecor.
Montage financier (tableau)
Dans cette éventualité, l'entreprise allongerait 63,5 millions $ pour voir pendant 25 ans son nom ou celui d'une de ses filiales trôner sur la façade de l'amphithéâtre qui sera érigé d'ici 2015 en bordure de l'autoroute Laurentienne. L'entreprise payerait un loyer moyen de 5 millions $ par année. De plus, la Ville recevrait 10 % des bénéfices «de l'exploitation des activités de spectacles», peut-on lire dans le contrat.
Si Quebecor devait échouer à ramener une équipe, l'entreprise paiera seulement 33 millions $ à la Ville de Québec pour voir l'amphithéâtre arborer son nom pour les 25 prochaines années. Le loyer sera également moins important, soit de 3,15 millions $ en moyenne par an.
Dans ce scénario sans LNH, Québec et Quebecor prévoient assumer ensemble les risques financiers de la gestion de l'amphithéâtre. La Ville remboursera en effet la moitié de tout déficit «jusqu'à concurrence du montant du loyer». En échange, la Ville aura droit à 15 % des bénéfices.
Qu'une équipe de la LNH revienne s'établir à Québec ou pas, Quebecor prendra en charge toute la gestion de l'amphithéâtre à partir de son ouverture prévue en septembre 2015. Pour générer des revenus, l'entreprise pourra compter sur les différents événements qui s'y dérouleront, sur les concessions alimentaires, sur les commerces qui voudront y avoir boutique et sur la location des locaux.
C'est aussi Quebecor qui encaissera les commandites, les publicités ainsi que les droits de «versage» pour les boissons alcoolisées ou non. Il lui reviendra donc de trancher dans la lutte que se livreront probablement Molson et Labbatt pour obtenir l'exclusivité de la vente de leurs produits dans l'enceinte de l'amphithéâtre.
Le contrat prévoit aussi que Quebecor pourra compter sur les bénéfices de la gestion des stationnements. Si l'espace pour garer des voitures avait été éludé des premiers plans présentés publiquement, le contrat prévoit que «le nombre de places sur le site ou près du site de l'amphithéâtre devra être adéquat».
De dépense à revenu
Par une complexe démonstration mathématique, le maire Labeaume en vient à dire que l'amphithéâtre coûtera 600 000 $ par année à Québec pendant 20 ans si aucune équipe ne vient y jouer. Avec le retour d'une équipe, la Ville dégagera plutôt des bénéfices de 5 millions $ par année.
Pour arriver à ces chiffres, le maire calcule à la fois le loyer versé par Quebecor, les revenus d'une taxe spéciale sur les billets et les nouvelles entrées de taxes que la Ville compte percevoir grâce notamment à la construction d'un hôtel et d'un édifice à bureaux près de l'amphithéâtre. Il fait également abstraction des 50 millions $ que la Ville paiera comptant pour financer la construction.
La Ville étant propriétaire du bâtiment, Quebecor n'aura pas à payer de taxes municipales pour l'édifice, précise le contrat. Quebecor s'engage à respecter la vente des sièges réalisée par le groupe J'ai ma place, les bénéfices devant servir à financer la construction de l'édifice.
Au fédéral
Fier d'avoir maintenant un partenaire privé dans son projet d'amphithéâtre, le maire de Québec a lancé un nouvel appel au gouvernement fédéral pour solliciter une contribution. Régis Labeaume enverra sous peu une série de documents à la ministre Josée Verner avec qui il s'est entretenu mardi matin pour expliquer la participation du privé, ce que les conservateurs réclament depuis l'automne avant de s'engager financièrement.
Une éventuelle participation d'Ottawa viendrait réduire à parts égales les contributions de la Ville de Québec et du gouvernement provincial, qui met 200 millions $ dans la construction. La ministre Verner a toutefois rapidement dit que son gouvernement refusait de payer, le privé ne contribuant pas directement à la construction, mais simplement à la gestion.




































