D'abord, il y a les bruits nécessaires (construction, entretien, festivals, etc) pour lesquels le jugement des utilisateurs, des organisateurs et des fabricants est requis. Puis, les bruits volontaires ou d'inconscience (moto ou voiture modifiée, moto-marine, motoneige, radio, etc.). C'est sur ce dernier aspect du problème que les politiciens doivent intervenir afin de pallier les carences d'éducation, d'attention et d'éthique sociale.
Le sujet est bien sûr délicat, car ce type de pollution «sous-entend» un malaise intérieur. Et, malgré les blousons noirs et les allures nonchalantes, on a parfois affaire ici aux plus fragiles de la société.
On veut se faire entendre, se faire valoir, se faire consoler, ou encore, tels de petits chiens qui aboient, signifier sa peur. Certains affirment même que le niveau de bruit volontaire d'un individu est proportionnel à son niveau d'éducation... Cette minorité bruyante et inconsciente coûte cher à la collectivité, bien plus que ce qu'elle rapporte à l'industrie de la pollution.
Combien de familles ont déserté les centres-villes, épuisées par le bourdonnement des «silencieux»? Combien d'oasis paradisiaques se transforment en enfer à cause des moto-marines? Combien de campagnes voient leur faune s'exiler de plus en plus loin et leur flore souillée par les grondements de motocross, de VTT et de motoneiges?
Combien de méditations interrompues en raison des agressions sonores des motos? Combien d'individus souffrent, parfois même sans le savoir, de problèmes de santé physique et psychique associés aux bruits?
Par contre, l'industrie de la construction profite bien de ce désordre. Il n'y a qu'à remarquer l'offre et la demande grandissante pour les matériaux insonorisant.
Dans ce dossier, le rôle des politiciens et des services policiers est double. D'abord, préserver les bases de la qualité de vie dont le silence fait partie, au même titre que l'eau potable, l'air pur et la fertilité des sols. Pour se faire, un encadrement strict de la pollution sonore volontaire et une limitation à 70 décibels (dB) sont aujourd'hui nécessaires. Puis, contraindre l'industrie de la pollution à des conceptions responsables.
Enfin, à la veille des élections municipales, voire fédérales, il est temps que la majorité silencieuse manifeste son droit au silence. Ne soyons plus indifférents et intimidés par ses pollueurs à «muffler». Rendons inacceptable la liberté de polluer. Intervenons, éduquons et votons!
Denis Boulanger, géographe en environnement
Québec
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