Contrairement à ce que le cardinal Ouellet avance, il n'est pas du ressort des organisations religieuses, politiques ou économiques de la société civile de dicter les valeurs qui devront donner un sens et une direction à la nation québécoise, mais bien aux représentants du peuple démocratiquement élus. Or, le peuple québécois s'est doté d'une Charte des droits et libertés de la personne qui indique clairement le système de valeurs sur lequel il entend construire un Québec de plus en plus pluraliste. On peut comprendre qu'un tel système fondé sur la primauté de l'humain ne plaise pas aux idéologies religieuses, politiques et économiques qui voudraient continuer à assujettir les peuples plutôt que de les libérer.
Comme éducateur, j'aimerais également que le cardinal démontre un minimum d'intégrité intellectuelle et morale lorsqu'il discute d'éducation. Insinuer que le gâchis actuel en éducation «résulte des multiples réformes de l'éducation pour en écarter la religion» est totalement faux. Laisser sous-entendre qu'un «certain refus global de notre identité catholique conduit de plus en plus à un fouillis global en éducation» dont les sous-produits sont: «couples fragiles, familles éclatées, avortements massifs, suicide à un taux effarant, bientôt peut-être l'euthanasie, décrochage scolaire évidement, travail sept jour sur sept...» est un discours démagogique indigne des fonctions qu'il occupe.
Comment le cardinal peut-il attribuer tous les problèmes sociaux à la déconfessionnalisation de l'école québécoise alors que l'enseignement religieux n'a pris fin qu'en 2008 dans l'école québécoise? Est-ce que quelqu'un pourrait dire au cardinal que de tels discours issus du clergé catholique, qui ne visent qu'à maintenir par le chantage psychologique l'emprise sur la conscience des croyants, est une insulte au peuple québécois?
Devant le danger d'implosion des démocraties de plus en plus pluralistes, les peuples cherchent, avec raison, à se doter d'un système de valeurs universelles fondées sur la dignité humaine capables de donner un sens et une direction à l'ensemble des citoyens afin de dépasser les différences culturelles, surtout religieuses, qui les ont toujours soulevés les uns contre les autres.
Ne pourrait-on pas demander à tous les clergés de contribuer positivement à l'atteinte de cet idéal humain devenu incontournable plutôt que de nourrir la dissension qui divise les peuples?
Gaston Marcotte, professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval et président-fondateur du Mouvement Humanisation










