Pour les 75 premières pages de sa version Internet, bonne note également pour Stéphane Dion et ses troupes. Les intentions ne méritent que des louanges, le PLC loge du bon côté sur la plupart des dossiers, autant sur l'environnement que sur l'aide internationale, pour ne donner que ces deux exemples.
Autre bonne nouvelle, M. Dion jure maintenant qu'il n'y aura pas de déficit, et cet engagement se retrouve noir sur blanc dans son programme.
La sauce se gâte toutefois à partir de la page 76, au chapitre de l'évaluation des coûts de ce programme. Quand je lis que «les libéraux savent comment financer des programmes fédéraux», les yeux m'écarquillent.
Combien de budgets de Paul Martin ai-je couverts dans lesquels l'ancien ministre des Finances annonçait des programmes quinquennaux qui ne coûtaient rien ou presque les deux premières années? Promettez maintenant, payez plus tard, j'ai perdu le compte.
Le volet budgétaire du plan libéral comporte à mon avis deux faiblesses : un, il se fonde sur des prévisions financières vieilles de sept mois et compte sur des «économies pour réallocation» de 12 milliards de dollars sur cinq ans.
Dans le premier cas, les libéraux eux-mêmes clament que le gouvernement conservateur a vidé la caisse et qu'il n'a plus de réserve pour affronter le ralentissement de l'économie.
Mais ils n'ont pas ajusté leur programme à cette réalité, tout se passe comme si le PLC présumait de la prospérité à court terme du pays. Il y a optimisme et optimisme.
Et dans le second cas, impossible de connaître les priorités libérales côté coupes financières. Car réallocation signifie bel et bien diminution de budget ou abolition de programmes, exactement ce que font en ce moment les conservateurs.
Au moins avons-nous l'assurance, pardon, la promesse que les libéraux de la couvée Dion ne répéteront pas la formule magique de l'ère Chrétien-Martin : les «réallocations» ne toucheront pas les paiements de transfert aux provinces.
Les services de santé et l'enseignement supérieur devraient ainsi échapper à l'éventuel couperet fédéral. Merci quand même à ce parti qui avait promis d'abolir la TPS et de renégocier le libre-échange, en 1993!
Tout juste avant que les libéraux lancent leur programme, hier matin, Stephen Harper nous a offert un retour dans le passé qui rappelle les plus belles heures de son ex-Reform Party.
La criminalisation permanente des enfants de 14 ans telle que le propose maintenant le Parti conservateur ne fait que répéter une promesse identique de son ancêtre disparu, aux élections de 2000.
Elle reprend également des propos fort controversés de l'ancien ministre de la Justice Vic Toews, qui voulait traiter comme délinquants et amener devant les tribunaux les enfants de 10 ans en difficulté.
M. Toews avait par la suite été «remanié» au Conseil du trésor, question de le faire taire. Il n'en pensait pas moins, et le chat vient de sortir du sac.
Fouillez un peu, et vous verrez que l'ensemble des études sérieuses démontrent que la réadaptation des ados en mode criminel donne de meilleurs résultats que leur inscription à l'université du crime, c'est-à-dire la prison.
Le plus étonnant dans cet engagement strictement démagogique est qu'il ignore totalement une décision de la Cour suprême de mai dernier qui impose un traitement distinct aux jeunes de 18 ans et moins devant les tribunaux.
M. Harper va-t-il répéter que les juges, comme les hauts fonctionnaires et les sénateurs, sont tous libéraux?










